Chargement...
Chargement...

Détour par les tranchées

674_detour-par-les-tranchees
Une actualité de David V.
Publié le 09/05/2013

Comme complément à notre trop rapide billet sur la réédition de l'extraordinaire récit de Gabriel Chevallier, La Peur, au Dilettante, on signalera aux amateurs éclairés qui sont souvent les mêmes que ceux qui se passionnent pour la littérature, la parution du nouvel opus du génialissime Tardi : il revient sur une période capitale dans son imaginaire, la Grande Guerre (ces majuscules, quelle horreur!) et son cortège de monstruosités malheureusement si "visuelles". On se souvient d'Adieu Brindavoine et de La véritable histoire du soldat inconnu, ou de son adaptation du roman de Didier Daeninckx La der des ders. Dans chacun de ces albums, il creusait à travers des figures imaginées sa vision du désespoir : personnifié dans ces anonymes noyés par le torrent guerrier, créatures éperdues broyées par une mécanique infernale, il est au coeur de ces pages superbes. Avec Putain de guerre! qui sort aujourd'hui après une parution échelonnée en format tabloïde (une idée marketing déjà utilisée lors du dernier recueil mais une sacrée idée), nous avons quitté l'imagination pure pour nous installer dans l'illustration au plein sens du terme ("donner du lustre"). Pour chacune des trois années de 1914 à 1916, Tardi représente des moments forts, des interprétations du texte de Jean-Pierre Verney ( connu jusqu'alors comme historien et qui nous livre un très intéressant dossier à la suite des planches dessinée), racontées par un personnage de peu, un soldat d'en bas qui confie le sordide, le violent, le sanguinolent devenu banal, l'atroce auquel on s'habitue et l'injustice à laquelle on ne se fait pas. Dans une langue ferme et vraie, ce personnage nous fait traverser tout le conflit, rapportant les phrases de ces gens importants capables de prononcer de colossales imbécillités guerrière, avouant son souverain mépris des puissants, interprête du vieux fond d'anarchisme de Tardi. Bref, vous l'aurez compris, les inconditionnels du dessinateur auront une raison supplémentaire de louer son constant génie et sa langue toujours au service de son trait unique.

tardi.jpg

Bibliographie

Abonnement

Derniers articles du blog "Ces mots-là, c'est Mollat" envoyés chaque semaine par mail

Contributeurs

Marilyn (124)

Libraire, lectrice, mais pas liseuse. @MarilynAnquetil

Véronique M. (119)

Une libraire qui aime les chats (surtout le sien !), vénère Proust, et est capable dans un grand éclectisme de se régaler avec un essai critique pointu, un recueil de poésie ou un bon polar !

Emilie (118)

"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?