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Devenir flic à Gotham City

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Une actualité de Véronique M.
Publié le 25/03/2016

En 1845, New York était loin de la mégalopole flamboyante que nous connaissons aujourd'hui : corruption, bas-fonds, criminalité et pègre étaient monnaie courante. Des flots d'immigrés, notamment des milliers d'Irlandais, arrivent en masse, fuyant la famine et la guerre civile, mais des conflits violents éclatent face aux WASP (les Américains protestants) qui les rejettent. C'est pour contenir cette atmosphère brutale, frénétique, clandestine et pleine de convoitises  que le parti démocrate et les citoyens sans défense réclament que la ville se dote d'une force de police organisée : le célèbre N.Y.P.D (New York Police Department) voit alors le jour. Tel est le point de départ historique du premier roman traduit de Lynday Faye, Le Dieu de New York  qui vient de paraître au Fleuve Noir.

A présent, évoquons la fiction imaginée par l'écrivain autour de ce cadre parfaitement réaliste : Timothy Wilde en est le personnage principal et le narrateur. Son frère Valentin, capitaine de police, l'a fait nommer policier dans la 6ème circonscription, matricule 107. Il accueille d'abord cette "promotion" (il était auparavant barman) avec méfiance, et ne tarde pas à éprouver un sentiment de dégoût puis de révolte face à la folie humaine qu'il côtoie : le monde que je connaissais avait sombré dans la folie. Il est prêt à démissionner de cette fosse d'aisance des enfers, à partir loin du Tombeau (tels sont les surnoms évocateurs donnés dans le roman à la ville et au siège de la police) quand se produit un évènement qui bousculera son destin, et entraînera avec lui celui des new-yorkais.

 Dans la nuit du 21 août 1845, une enfant s'est enfuie . C'est cette fillette de 10 ans, à la chemise de nuit raffinée mais dégoulinante de sang, paniquée, sans défense et qui  ne cesse de répéter ils vont le couper en morceaux  que va recueillir Tim Wilde. Elle se nomme Aibhilin o Dalaigh, se fait appeler Bird Daly, et notre Bleu ne tarde pas à découvrir que cette jeune Irlandaise est une rivette... Pour lever le mystère sur ce mot utilisé par les personnages, rendez-vous dans le glossaire des termes d'argot utilisés au XIXème siècle à New York et dont Lyndsay Faye parsème ses dialogues, rendus ainsi vivants, à l'image des extraits de journaux et de livres d'époque qui ouvrent chaque chapitre et authentifient le contexte politique, social et économique du récit.

Ce roman d'atmosphère et d'énigme replonge avec délice et effroi dans l'ambiance lugubre et en pleine mutation de ce New York pré-moderne, tel qu'il nous a été décrit dans ce classique du roman historique bien connu des lecteurs (et qui a toujours la faveur de nos tables au rayon polar), à savoir L'Aliéniste de Caleb Carr. Quel est le dieu - ou le démon - au capuchon noir qui sème la terreur et s'en prend à des enfants irlandais ? Et pour quelle raison sont-ils retrouvés éventrés, avec des incisions rituelles sur le torse ? A l'instar de cette force de police  qui vient de se former, le lecteur savoure les tâtonnements de Timothy suivant son flair d'apprenti détective, plus enclin à élucider les crimes qu'à les prévenir... Mais cet instinct n'est pas sans faille ni zones d'ombres, car cette première promotion de flics à l'étoile sont des êtres percés avec une fêlure au coeur, une belle bande de canailles, des quasi voyous tel Val, le frère maudit de Tim. Cette peinture des premiers pas de la police new-yorkaise elle-même à la frontière entre illégalité et légitimité rend particulièrement riche et crédible ce premier volet salué par Michaël Connelly comme "un grand moment de lecture", puisque d'autres enquêtes mettant en scène l'émergence de la métropole tentaculaire à travers le regard de ce jeune flic hors pair seront bientôt publiées.

         

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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