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Divorcé !

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Une actualité de David V.
Publié le 21/09/2013

StrindbergTout le monde n'a pas la chance d'avoir épousé Strindberg qui, en matière de mariage et de son corollaire le divorce en connaissait un rayon (tendance rayon de la mort d'ailleurs). Tout le monde n'a pas la chance d'avoir mangé du Strindberg pour hériter de sa flamme et son talent, de sa mauvaise foi érigée en art. Tout le monde n'a pas la chance d'avoir subi une malchance tellement héroïque qu'elle en pouvait devenir belle.

Eliette Abécassis nous offre à la prochaine rentrée son roman sur le divorce et on regrette un peu qu'elle n'ait pas relu ses classiques sur le sujet. Les scandinaves sont très doués sur ce thème et le divorce est chez eux une institution depuis bien plus longtemps que nous, ce qui leur évite souvent d'exposer leurs lecteurs aux avalanches de clichés. Car Mme Abécassis ne nous en épargne guère dans le registre de la rancune mortifère : son livre intitulé sobrement Une affaire conjugale possède toutes les qualités du livre cathartique et donc tous ses défauts, et quand on est un homme, il est difficile de ne pas sourire à l'exposé énervé d'un drame pour lequel on compatirait volontiers s'il n'était outrancièrement dicté par la colère (et la fatigue aussi sans doute). Divorcer est un parcours du combattant, tous les magazines féminins le répètent : on découvre soudain qui était "vraiment" cet autre à qui on aurait tout donné, etc... Les masques tombent et il faut désormais lutter pour se protéger. A cet égard l'héroïne du roman d'E.Abécassis accumule sur sa tête tous les pires nuages de la conjugalité meurtrière, déclenche les pires orages de la vengeance, se mouille jusqu'au squelette car rien ne lui est épargné : mari obsédé mais au fond impuissant, menteur mais comédien, calculateur et avare, père négligent mais prédateur, on en passe. Et la découverte qu'elle fait de tous ces gens qui vivent et se nourrissent sur le divorce est saisissante, un noir vol de vautours sans scrupules dont les tribulations ne manquent parfois pas de drôlerie. La colère peut inspirer certains livres, réveiller un style que l'ébullition fait transpirer et débarrasse de l'auto-compassion ou de la griserie du malheur. Il n'est pas certain qu'Une affaire conjugale ait échappé aux pièges des livres de société mais on peut se demander si ce n'est pas à dessein, précisément, que, réfugiée derrière un personnage fictif l'auteur a voulu passer au lance-flamme de terribles épisodes personnels en les outrant, en exagérant le trait, en multipliant les circonstances pénibles. Sa "victime", le salaud de l'histoire, frôle tellement la caricature qu'il en devient touchant. La vision idéale de l'amour est tellement malmenée qu'on est tenté de deviner un romantisme qui ne veut pas s'éteindre malgré les coups du sort.

Alors Strindberg là-dedans, me direz-vous ? Eh bien il a écrit un livre intitulé Mariés! en français qu'il faudrait d'urgence faire lire à tous ceux que ce sujet intrigue ou passionne : la fin du mariage...

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