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Du plomb dans la cervelle

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Une actualité de David V.
Publié le 21/09/2013

un cassetinJean Bernard-Maugiron a de quoi nous surprendre. D'abord parce qu'on serait tenté de l'appeler Jean-Bernard et qu'il n'en est pas question : son prénom est bien Jean (mais nous ne l'appelons pas encore Jean). Ensuite parce qu'il nous offre un petit roman qui devrait être une des jolies sensations littéraires de la rentrée et qu'il ne nous en avait rien dit lorsque nous le croisions dans nos murs où il fait de très discrètes apparitions qui ne nous laissent guère le temps de parler littérature, il faut bien l'avouer. C'est à l'éditrice Pascale Gautier (par ailleurs elle-même auteur très douée, souvenons-nous du récent Les Vieilles) que l'on doit cette parution pour la rentrée de Buchet-Chastel. Du plomb dans le cassetin est bref, se lit d'un trait comme on dévore le journal. Mais si les nouvelles du jour s'oublient vite, l'histoire du petit employé héros de ce livre imprime dans la cervelle sa folie. Le titre, un peu énigmatique pour les profanes, nous renvoie à un univers en voie de disparition face à l'invasion définitive des machines, celui des cassetins, ces lieux (par métonymie) où des ouvriers très spécialisés qui constituent une sorte de caste dans le monde de la presse, avec ses privilèges et ses coutumes, fondaient le plomb des caractères et où désormais ils corrigent les textes avant l'envoi à l'impression. Des dizaines d'année dans cette ambiance, à défaut de vous forger le caractère, vous bousillent la santé, mentale notamment, et il est vite évident que Victor qui tente laborieusement de nous narrer ses aventures et ses souvenirs, a quelques circuits encombrés. Car on a beau avoir écrit ou composé des phrases toute une vie, quand il s'agit de coucher sur la papier la sienne, d'en vanter les gloires et les petitesses, les anecdotes poilantes et les vacheries plumantes, c'est une autre histoire. Il rame sec notre Victor et tout s'embrouille pour ce typographe qui a connu le prestige et qu'on a ravalé au service nécrologie où il  fait quelques mémorables boulettes (de viande morte). Ce n'est pas un lecteur même s'il passe la journée dans les mots, son truc à lui c'est plutôt les trains, les petits, ceux avec lesquels on peut jouer au dieu des aiguillages, un hobby qui ne dérange plus maman, écroulée dans un coin de l'appartement. Jean Bernard-Maugiron tient dès le début du livre un ton, une voix, qu'il ne lâchera plus, obsédant dans sa réitération qui se délite. Victor s'embrouille mais sur le métier il remet son ouvrage, persiste, insiste, s'énerve. On aura bien soin de ne pas trahir le secret d'un roman trop bref pour en dire beaucoup, mais il nous faut insister sur la véritable réussite du projet, cette plongée au coeur d'un métier trop joli pour être honnête jusqu'au bout. Quelques correcteurs s'occuperont des nombreux articles que lui vaudra cette réussite, rêvons qu'ils trouvent le temps de découvrir ce premier roman mieux que prometteur.

 

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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