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Echecs et maths

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Une actualité de Véronique D.
Publié le 18/03/2016

villa des hommesL'idée même d'être confronté au mot "théorême" vous épouvante ou êtes-vous au contraire de ceux qui frémissent d'impatience à l'idée d'avoir à résoudre une équation ? Dans les deux cas, franchissez le pas de la Villa des hommes où le regretté Denis Guedj livre bien des secrets entre larmes et sourires.

1917. Hans Singer, mondialement connu pour ses recherches sur l'infini, entame un nouveau séjour à la Villa des hommes, établissement psychiatrique allemand de bonne réputation. Victime de « crises », il trouve là un apaisement de l'esprit dans la solitude jusqu'au jour où il se trouve contraint de partager sa chambre avec un jeune soldat français rescapé du front. Tout semble séparer les deux hommes, murés chacun dans leur univers intérieur. Peu à peu s'engage pourtant ce qui va devenir tout au long du roman un passionnant dialogue entre un esprit brillant manipulant les démonstrations mathématiques comme un marchand des quatre saisons jonglerait avec des melons et un petit mécanicien de locomotive, anarchiste convaincu, assoiffé de connaissances, de celles qui maintiennent un homme debout en lui donnant les clés de sa liberté. Leurs blessures intérieures, bien que différentes, ne tardent pas à tisser de l'un à l'autre des liens qui les rapprochent.

Il sera beaucoup question de maths donc (et que ceux d'entre vous que le sujet rebute ne soient pas effrayés) et d'échecs aussi. Celui d'Hans Singer qui n'aura pas réussi avant sa mort à démontrer le problème qui portera son nom et plus encore ceux de Matthias qui aura trahi Jaurès (son héros) en s'engageant dans une guerre qu'il exècre, qui aura tué de sang froid, qui n'aura pas réussi à se donner la mort alors qu'il le souhaitait de toute son âme et qui aura cessé de croire à l'avenir de l'Homme...

La villa des hommes est un roman érudit, brillant et aussi drôle (si,si...) que poignant qui emporte son lecteur dans les hautes sphères de la pensée mathématique mais dont les plus belles pages peut-être sont celles consacrée à Matthias et à sa foi dans l'avenir piétinée par la Grande guerre orchestrée par les puissants. Comme si deux des facettes du regretté Denis Guedj dialoguaient l'une avec l'autre, le mathématicien d'une part et l'homme engagé, admirateur de Zola, Hugo et Jaurès d'autre part, Hans Singer, pur intellectuel, réincarnation du célèbre créateur de la théorie des ensembles, Georg Cantor, et Matthias Dutour le modeste orphelin libertaire se seront trouvé un terrain d'entente universel : celui de la révolte et de la bataille, même si les idées qu'ils défendent l'un ou l'autre ne sont pas celles de leur temps ou trop minioritaires pour êtres acceptées. La villa des hommes est un roman enlevé et sombre, puissant et facétieux qui réconcilie à merveille les chiffres et les lettres et respire la passion sincère et généreuse qui habitait Denis Guedj pour les uns et pour les autres.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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