Chargement...
Chargement...

Ecrire à couper le souffle

14236_ecrire-a-couper-le-souffle
Une actualité de Pierre
Publié le 24/06/2015
  mentir-a-perdre-haleine-200x300Tout le monde ment, tout le temps ; par intérêt, par goût, par vice, par nécessité. Cela ne mène pas forcément en prison, cela ne fait pas forcément de bons livres. Les aventures de James Hogue ont marqué la chronique judiciaire américaine des années 80 et 90 et sont venues s’ajouter à d’autres cas de mythomanie spectaculaire. Le journaliste David Samuels, fasciné par cette affaire, décide de la retracer mais à rebours, comme on remonte une piste, depuis les derniers forfaits jusqu'à la jeunesse de Hogue (tout en échappant à l'élucidation familialiste). Le portrait qui en ressort est celui d'une société crédule, qui se fantasme elle-même au point qu'elle adopte ceux qui correspondent à ses mythes de méritocratie et de self-made-man, en dépit de toute vraisemblance, au mépris de toute plausibilité. Le plus grand exploit de James Hogue est d'être entré dans la prestigieuse université de Princeton en s'inventant un personnage de cowboy autodidacte, vivant dans un canyon et lisant Platon sous les étoiles. Mais les meilleurs mensonges ont une fin et rien n'est plus à craindre que ce retournement des passions collectives par lequel se sentant trahi on se met à haïr ce que l'on a adoré. Mentir à perdre haleine est un livre remarquable de ce genre que les anglo-saxons appellent "narrative non-fiction" qui compte dans ses réussites récentes le Yucca Mountain de John d'Agata et dont le grand ancêtre est De sang-froid de Truman Capote. Est-ce une enquête ? Est-ce un roman ? Question oiseuse, c'est de la littérature, c'est-à-dire une intelligence du style qui accroît notre compréhension du monde. C'est surtout un grand livre. PS : Louons au passage les éditions du Sous-Sol où paraît ce livre et qui au travers de leur catalogue et de leurs revues Feuilleton et Desports contribuent à la diffusion de ce journalisme narratif.   https://youtu.be/wgmSdQYaXc0

Bibliographie

Abonnement

Derniers articles du blog "Ces mots-là, c'est Mollat" envoyés chaque semaine par mail

Contributeurs

Marilyn (124)

Libraire, lectrice, mais pas liseuse. @MarilynAnquetil

Véronique M. (119)

Une libraire qui aime les chats (surtout le sien !), vénère Proust, et est capable dans un grand éclectisme de se régaler avec un essai critique pointu, un recueil de poésie ou un bon polar !

Emilie (118)

"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?