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En avalanche

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Une actualité de David V.
Publié le 02/08/2013

On aura du mal à ne pas dire du bien du premier recueil de nouvelles de Jérémie Gindre qu'on soupçonne volontiers après avoir lu 'On a eu du mal de n'être pas un débutant dans le monde des Lettres tant il fait montre d'une maîtrise narrative impressionnante et d'un ton qui signale ce que certains mettent bien des livres à trouver : une couleur littéraire. Ce n'est sans doute pas un hasard si ce livre arrive à L'Olivier, catalogue avec lequel il paraît avoir de belles affinités, tant chez les auteurs français (on songe à Emmanuelle Pireyre) que chez les étrangers (la tentation est grande de parler de Raymond Carver dont il a des tonalités mais dont il s'éloigne aussi par bien des côtés). Cinq situations nous sont proposées, cinq immersions dans des univers banals saisis au moment d'une possible épiphanie, fut-elle absurde ou dérisoire, que ce soit le récit des vacances d'un gamin dans un camping du nord de l'Amérique ou l'expérience dans un homme coincé dans la dameuse recouverte par une avalanche, ou encore la vie d'un groupe de volontaires pour des expériences scientifiques sur la mémoire. Chaque histoire, de taille différente, est narrée au présent (sauf quand il s'agit de se remémorer un fait ancien), ce qui concourt à un curieux effet d'expérimentation comme si nous étions les témoins de faits que nous sommes libres d'analyser car nul ne le fera pour nous. Pas de psychologie, pas d'intervention du narrateur qui se confine dans une neutralité, pas d'effet de tension ou de jeu dramatique tels qu'on peut en attendre dans une forme courte, encore moins de chute si on excepte la poubelle heurtée par le joggeur incertain dont nous suivons le footing erratique. On ne s'étonnera pas d'apprendre que Jérémie Gindre est plasticien car il donne la sensation de manier sa langue, très précise, comme on orchestre des éléments, comme on les agence dans un espace circonscrit, plus soucieux de l'effet final obtenu par l'accumulation de détails que par une hypothétique montée en puissance qui culminerait dans la dernière phrase. Bien entendu un humour détaché apparaît tout au long du texte, un humour presque subliminal sans marqueur, sans effet, un rien inquiétant d'ailleurs. C'est ce cocktail de sensations, cette impression qu'on nous montre sans nous démontrer qui fait toute la richesse de ce premier recueil dont on aura le plus grand mal, quand il s'agira d'en "faire l'article", à exprimer l'intelligence, ce qui est aussi un signe de qualité...

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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