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En boîte

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Une actualité de David V.
Publié le 17/08/2013

Istvan OrkenyIstvan Orkény (je n'ai pas trouvé le ¨pour les majuscules...) fait partie de cette galaxie d'auteurs hongrois à la fois indispensables et chroniquement oubliés. Ne bénéficiant pas de l'effet de mode prolongé dont joui Sandor Marai dont on édite désormais tous les livres, y compris quelques uns dont l'absence ne nous aurait pas fait souffrir, il reparaît sporadiquement au gré des souvenirs d'éditeurs vaillants. Cambourakis, dont nous parlons ici régulièrement, possède un joli début de collection hongroise (Irodalom) qu'elle complète heureusement aujourd'hui avec la réédition des Boîtes, déjà paru nous semble-t-il chez feu In fine (sous le nom de La famille Töt, mais il est bien possible que notre mémoire nous trompe), un bref roman réjouissant où cet auteur donne libre cours à une fantaisie un rien inquiétante, ce qui nous paraît très hongrois comme attitude. Nous sommes en temps de guerre mais les combats sont loin, la famille Töt, le père, la mère, la soeur, vit dans le tourment d'avoir un fils sur le front dont on guette les nouvelles en ne soupçonnant pas que le facteur, un obsessionnel qui aime la rectitude et se croit à même de juger ce qui doit parvenir ou non à destination, jette dans un puits les mauvaises nouvelles : il a donc précieusement convoyé celle qui annonçait l'incroyable arrivée pour un séjour de deux semaines du commandant du fiston puis sans remords jeté le terrible message annonçant la disparition du même fiston. C'est donc une famille flattée, inquiète aussi car les cabinets ne sont pas d'une grande modernité, qui se prépare à dorlotter ce superbe chef afin qu'il calme ses nerfs fatigués. Le petit bonhomme qui descend de l'autocar n'a rien d'un glorieux officier même s'il fait battre le coeur de la jeune fille qui l'accueille, il a tout en revanche, et très vite, de l'indépassable emmerdeur, du tyran domestique, du bouffon caractériel auquel il ne faut rien refuser de crainte de nuire à l'avenir du petit au sein des forces armées... L'enfer va donc durer quinze jours... et quinze nuits car le monsieur est insomniaque et exige de la compagnie et de l'activité. Puisque la famille participe à l'effort de guerre en confectionnant des boîtes, il va pousser tout le monde à s'y mettre sans désemparer, sans trêve, ni repos. La loufoquerie mâtinée d'absurdité que déploie à toute allure Orkény (je n'ai toujours pas trouvé le ¨ sur le O majuscule) vient peu à peu contaminer le récit qui s'emballe et tourne à la farce avec une cascade de petits événements délirants qu'on se gardera de dévoiler (on en a déjà trop dit): railleur, moqueur, excessif, jouant comme au théâtre de rebondissements, il donne à l'ensemble une allégresse qu'on ne quitte qu'à regret. Pour une fois que visiter des boîtes ne donne pas la migraine, on aurait tort de s'en priver.

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