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Et si un mot pouvait changer une vie ?

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Une actualité de Véronique M.
Publié le 25/03/2016

"Ouvrir à tous la porte de la poésie sans en perdre l'incandescence": tel est le beau projet porté par la toute dernière collection des éditions de poésie Bruno Doucey, "Embrasures", et qui s'ouvre notamment avec une publication de  Jeanne Benameur, Notre nom est une île. "Embrasure", "incandescence" "ouverte à tous" sont des mots qui pourraient définir à la perfection le creuset dans lequel coule, limpide et brûlant, le feu poétique qui anime cet écrivain depuis de nombreuses années et qu'elle sait nous faire partager avec une épure, une justesse qui va droit au coeur, et sait le faire battre...

Car la poésie, elle n'a jamais cessé d'en écrire non seulement depuis l'originel (et épuisé) Naissance de l'oubli publié en 1989 chez Guy Chambelland (telle que l'auteur nous l'apprend dans la postface"L'exil le lien" de ce dernier texte ) mais également dans ses pièces de théâtre (régulièrement mises en scène) et dans ses romans rangés dans des collections "jeunesse" (éditions Thierry Magnier pour la plupart) ou estampillés "adultes" jusqu'au merveilleux Les insurrections singulières (Actes Sud) qui, en janvier 2011, a converti nombre de lecteurs. Peu reviennent de cette expérience de lecture sans éprouver une énergie folle telle celle conquise par son héros narrateur : à 40 ans, l'usine dans laquelle Antoine est ouvrier s'apprête à délocaliser sa production au Brésil et sa compagne Karima vient de le quitter. Peu d'espoir s'offre à lui qui revient vivre dans la maison familiale, sauf qu'une "rage" qu'il a laissé sourdre depuis l'enfance résonne en lui. De cette révolte refoulée qui pourrait définitivement éclater en révolution collective avec ses collègues syndicalistes, Antoine va apprendre au fil d'un voyage initiatique (au Brésil à la rencontre de ses "frères" ouvriers et, parallèlement, dans les livres de son ami bouquiniste Marcel qui lui montre la voie) à "oser" enfin sa propre langue qui fera vibrer son corps, ce "poème intérieur" et originel que Jeanne nous donne à lire dans Notre nom est une île, comme si Antoine avait pris la plume pour nous murmurer ces quelques vers :

"Les étoiles incrustées sous la chair

il faut vautour et rage

pour nous arracher

un peu

de ce qui brille

Et tant d'amour sans attente

pour garder la lumière"

Ecoutant Jeanne Benameur, le lecteur se rend vite compte combien les catégories "romans", "théâtre" "jeunesse" sont des facilités qui ne tiennent  pas devant un travail face auquel ce sont avant tout les "mots nus" (tels ces cailloux au fond des poches d'Antoine, semés par ses rencontres au fil de sa route - on rejoint par là la dimension du conte très chère à l'auteur) qui la guident sans savoir où ils vont l'emporter, sauf qu'à chaque fois, elle nous invite à ce précieux voyage immobile que seul nous autorise la lecture. Rares sont les livres de cette intensité là qui, embrassant à la fois l'intime et l'universel, peuvent embraser notre liberté à ce point, faire chavirer "l'ossature" et la "chair" rassemblés dans une écriture habitable qui "sépare et relie au monde" , tout à la fois "exil et lien" devenus, enfin, partageables :

"Notre nom est une île

au voyage sans fin

par chaque bouche reliée

au coeur d'un autre nom

porté par l'océan le souffle du désert le cri

du nouveau-né

Nous sommes archipel

infini

dans le temps."

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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