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Etre - ou ne pas être - une beauté

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Une actualité de Anaïs
Publié le 29/03/2016
brigittaNous avons déjà parlé sur ce blog d'Adalbert Stifter (1805-1868), auteur de langue allemande qu'Herman Hesse, Nieztsche, Kafka, Thomas Mann, Robert Walser admiraient. Les éditions Cambourakis ont eu le bon goût, tout en gardant la traduction du Seuil de Marie-Hélène Clément et Silke Hasse, de rééditer l'un des plus beaux textes du peintre et écrivain autrichien : Brigitta. Incarnation des idéaux romantiques, ce très court roman explore avec une finesse et une intelligence lumineuses notre rapport à la beauté. La beauté, nous la retrouvons d'abord dans les paysages : nous suivons un homme à travers les steppes hongroises, se rendant chez l'un de ses plus chers amis, le Major.
Tout l'après-midi, j'avais marché dans un champ de pierres torride ; à ma gauche, s'élevaient les crêtes des montagnes bleues loin vers le ciel - je les prenais pour les Carpates - et à ma droite s'étendait un paysage déchiré, baigné de cette lueur étrange rougeâtre que sécrète si souvent le souffle de la prairie.
Cet ami est un homme mystérieux et fascinant, pourvu d'une très grande beauté physique et d'un cœur à la bonté légendaire, mais personne pourtant ne lui a connu de femme à laquelle il serait resté attaché. Et pourtant... Une femme, Brigitta Maroshely, née laide - ou en tous cas différente - dans une bonne famille, a su émerveiller le Major. Brigitta a l'étoffe de Jane Eyre, la pureté de Cendrillon, la folie de Maria Tarnowska. Personnage féminin complexe, peinte avec un talent extraordinaire par Stifter, Brigitta rejoint le panthéon des personnages inoubliables, qui incarnent - on croirait les connaître - magistralement les tourments de nos pauvres âmes. C'est à travers son absence de beauté que Brigitta se construit, comme une jeune plante marginale au milieu d'une forêt : tortueuse, lumineuse, un diamant brut.
Dans le genre humain, il y a une chose prodigieuse qui est la beauté. Nous sommes tous emportés par le plaisir d'une apparition, mais pas toujours à même de savoir où se loge la grâce. Elle est dans l'univers, elle est dans un regard, et elle ne sera pas forcément dans les traits d'un visage conforme aux canons établis par les gens sensés. Souvent la beauté n'est pas perçue parce qu'elle est dans un désert, ou parce que l’œil qui pourrait l'apprécier ne s'est pas présenté - souvent elle est vénérée et portée aux nues alors qu'elle n'existe pas ; mais jamais elle ne doit manquer là où un cœur frémit d'ardeur et de ravissement, ou bien là où deux âmes se consume l'une pour l'autre ; car sans elle le cœur se tait, et l'amour entre les âmes meurt.
Roman d'une élégance rare et objet raffiné - nous applaudissons la très belle maquette réalisée par Cambourakis - Brigitta est un bijou !    

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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