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Flashback norvégien

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Une actualité de Gwénaël Rocher
Publié le 16/03/2016

Tarjei VesaasOn ne sait par quel mystère un roman que nous admirons disparait de nos tables. On peut accuser la surproduction littéraire - elle a bon dos - de dévorer l'espace et de plonger dans l'oubli ces petites pépites que nous nous jurons de toujours soutenir. On peut tout aussi bien reprocher aux éditeurs d'épuiser des romans dont nous avons su discerner le sceau du chef-d'oeuvre qui aurait dû résister au temps. Ou alors, plus prosaïquement, on peut s'en prendre à nous-même, et il convient de réparer cette erreur au plus vite en lui consacrant à nouveau une place de choix sur nos tables.

De concert avec le froid ambiant qui règne depuis quelques temps, il est donc grand temps de (re)découvrir Palais de glace de Tarjei Vesaas, qui est certainement le plus grand écrivain norvégien du vingtième siècle. Vesaas, que les fins connaisseurs prononcent "Vesôôôs" (ils y tiennent !), était le grandissime favori pour le Nobel de littérature en 1970, une distinction qu'il n'a pas obtenu puisqu'il est mort quelques mois avant la remise du prix. On regrette néanmoins que son nom ne figure pas au palmarès du Nobel, bien que les jurés lui aient quand même trouvés un remplaçant de luxe cette année-là au nom de ... Soljenitsyne.

Palais de glace met en scène Siss et Unn, deux fillettes unies par une profonde passion l'une pour l'autre, de ces passions qui ne s'expliquent pas et qui prennent leur source dans l'indicible. A la vue de ces deux êtres, on songe à la théorie platonicienne de l'androgyne présentée par Aristophane, à savoir que les êtres humains étaient, à l'origine, reliés à leur moitié. Mais un jour, Unn, mue par une angoisse souterraine, ne se rend pas à l'école et préfère aller à la cascade dont elle a entendu vanter la beauté par ses camarades de classe. Elle assiste alors au spectacle saisissant d'un palais de glace dont le jeu de lumières  appelle irrésistiblement à la contemplation et vous attire irrémédiablement dans ses méandres. Pas sûr que Unn  ressorte indemne de ce chant des sirènes... De son coté, Siss, alertée par la disparition de son double, se terrera dans un palais d'un autre genre, celui du souvenir.

Formant une sorte de diptyque avec  Palais de glace

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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