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Fragments d'amour

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Une actualité de Véronique D.
Publié le 29/03/2016

pocketQue reste t-il de nos amours ? Qu’en reste t-il quand la réalité efface l’aveuglement et nous fait constater que l’amour que l’on croyait si vif qu’il éclairait notre vie n’était en réalité que bien peu partagé ?

 Le roman de Monica Sabolo aurait pu s’intituler « Petit bréviaire pour survivre à un chagrin d’amour », « Petits collages pour cœur brisé » ou « Le syndrôme du Titanic ». Mais c'est Tout cela n'a rien à voir avec moi qu'a choisi la lauréate du Prix de Flore 2013 pour titre à un roman résolument personnel (son héroïne s'appelle MS et le roman est émaillé de photos de la romancière ou de sa famille) qui joue avec les codes de l'autofiction pour se transformer très vite en un exercice de style singulier, entre  inventaire et confession faussement désinvolte.

« L’amour est comme une fièvre, il naît et s’éteint sans que la volonté y ait la moindre part. » Monica Sabolo se fait l’illustratrice de cette définition de Stendhal dans ce qui s’apparente à un roman-collage entre douleur et humour, où l’émotion est palpable, le chagrin sincère mais la pirouette toujours prompte à s’inviter comme une marque de politesse.  Pas question d’assommer son lecteur avec une douleur qui somme toute est des plus banales mais plutôt de s’interroger, en fouillant son histoire personnelle, sur ces mécanismes à l’œuvre dans la cristallisation. Vers qui est-on attiré ? Pourquoi celui (ou celle)–là et pas un (ou une ) autre ? Et si l’aveuglement qui conduit au chagrin était à mettre en lien avec nos antécédents personnels ? Rien de nouveau sous le soleil me direz-vous tant le sujet peut paraître éculé ou diront les plus aimables, archétypal. Sauf que Monica Sabolo surprend par la grâce de son style, le sens de la formule et la justesse du ton passant de la mélancolie à la facétie avec élégance. De l’ histoire banale d’une femme (MS) qui jette son dévolu sur son nouveau collègue (XX) elle fait un objet littéraire mêlant textes et photos (clin d’œil à Sophie Calle ?) qui fonctionne et émeut .

Les photos d'objets volés à l'être aimé (briquets multicolores) se mêlent au fil des pages à celles des pulls-overs magiques (ils ont attirés le regard de l'être aimé et ont permis un rapprochement physique) ou encore à celle d'un foie de volaille (l'hépatoscopie étant l'étude bien connue des foies et viscères à des fins divinatoires : m'aime t-il ?). Les reproductions de sms, de pages de journal intime viennent en illustration du propos au même titre que les photos de famille ou des photos de radiographie de poumons (siège du chagrin pour la médecine chinoise). Une mise à nue rendue pudique là encore par l'autodérision qui transforme un récit qui relève de la sphère intime en un tableau totalement universel.

                                                                                         sabolo

Tout cela n’a rien a voir avec moi est un roman du désenchantement et de la perte. « La vie commençait comme une grande kermesse, puis semblait s’éteindre sans explication, dans une agonie silencieuse ». Mais ce portrait de l’artiste en femme blessée est aussi un formidable élan vers la libération qui accompagne la compréhension de sa propre histoire. Étonnamment loin de tout nombrilisme, ce texte intime et désarmant est un petit chef-d’œuvre de délicatesse et d'humour que vous auriez tort de ne pas découvrir. Glissez-le entre Nue, De l'amour et Fragments d'un discours amoureux et vous serez prêt(e) à affronter toute forme de séisme sentimental !

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Libraire, lectrice, mais pas liseuse. @MarilynAnquetil

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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Une libraire qui aime les chats (surtout le sien !), vénère Proust, et est capable dans un grand éclectisme de se régaler avec un essai critique pointu, un recueil de poésie ou un bon polar !