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François Rivière à l'usine

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Une actualité de David V.
Publié le 09/05/2013

L’usine à rêvesOn ne cachera pas ici l'admiration que nous portons à François Rivière dont la lecture de la bibliographie est à elle seule une profession de foi et un objet de tentations multiples : romancier qui se faisait rare ces dernières années, scénariste de B.D. (notamment avec Floc'h pour la série Albany devenu le temps d'un livre un roman : Les chroniques d'Oliver Alban), directeur de collections, préfacier, traducteur, biographe, et on en oublie. Ce polygraphe invétéré est un lecteur aiguisé, un érudit sans prétention qui aime partager, une sorte de bible de la littérature à lui tout seul qui peut se souvenir d'un auteur disparu il y a un siècle et dont personne n'a gardé mémoire, mais c'est avant tout un écrivain et la sortie imminente de L'usine à rêves chez Laffont vient nous le rappeler opportunément. Dans ce beau et poignant roman où la mélancolie circule comme un fluide dangereux mais tentant, il met en scène un vieil enfant en quête d'une ultime vérité, la solution au mystère qui a empoisonné toute sa vie. Ce personnage qui se confie, qui hésite, qui doute et qui erre a connu le destin des jeunes gloires d'Hollywood catapultés vers la renommée, prisonniers d'un rôle dont ils ne pourront jamais se défaire. Isolé du monde "réel" à l'âge où l'on apprend à se connaître et à connaître les autres, manipulé par des adultes (pour lui ce sera Granny, la grand-mère qui élève sans amour cet orphelin, un personnage glaçant superbement campé par Rivière qui a un don tout particulier, en amateur du 7° art, pour les seconds rôles), innocent mais attiré par la culpabilité, découvrant son homosexualité et les misères qu'elle engendre dans ce milieu du cinéma impitoyable, Charles Dulac, le héros qui fut Little Charlie, un détective déjouant tous les pièges, se débat dans un monde où la fiction vient en permanence rappeler ses vertiges et ses droits. C'est dans une vaste demeure bruxelloise qu'il va tenter in fine de démêler l'écheveau de sa vie, retrouvant son plus vieil ennemi qui l'a attiré là, mourant, pour s'expliquer enfin. Diablement habile, François Rivière a l'art de ne pas tout nous dire, d'attendre, laissant les zones d'ombre s'éclairer peu à peu. Nous aurons donc le tact de n'en pas trop dire non plus, nous faisant juste les messagers d'une invitation à pénétrer dans cette usine à rêves, livre crépusculaire d'une vraie beauté.

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