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Fraternité berlinoise

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Une actualité de David V.
Publié le 05/09/2014

miséreux Berlinson nom. La ville immense où on peut se fondre et où tous les rêves sont possibles les fait fantasmer malgré son lot d'horreurs quotidiennes, le froid et la faim qui les tuent plus ou moins lentement, la prostitution à laquelle certains se condamnent par absolue nécessité, la police qui les récupère pour les renvoyer derrière les barreaux d'institutions perdues dans les campagnes allemandes. Et quand un leader apparaît, un plus malin, un plus sauvage que les scrupules n'étouffent pas, il devient chef de bande, aimantant sur sa figure les désirs de liberté de chacun. L'aspect documentaire du livre (un document empreint d'une vive empathie) sauve la relative faiblesse de son écriture, minimale, et la violence sous-jacente évite le bon sentiment qui affleure parfois un peu, et la morale qui n'est pas loin : si tu travailles et que tu serres les dents, tu t'en sortiras. Ce qui fait surtout le côté édifiant de l'entreprise est cette reconstitution d'un monde d'hier qui n'avait rien de rose : qu'on le rappelle aux amateurs de nostalgie à deux sous. Le Berlin d'avant-guerre est une vaste machine à broyer impitoyablement les individus les plus fragiles. Et la solidarité est bien souvent un vain mot dans cette société où la pitié est toute relative. Voilà qui permet aussi de comprendre sur quel terreau ont germé les plantes mortelles du nazisme. Car si les adolescents se disent "frères de sang", c'est qu'ils sentent instinctivement qu'ils jouent leurs misérables vies dans ses courses contre la montre pour survivre, et il n'est pas anodin que Haffner les appelle une "armée de vagabonds de la grande ville". Car nous savons, à la lumière de l'Histoire, que ces bataillons disparates de crevards fourniront des contingents de chair à canon d'une guerre immonde où l'honneur sera aboli. Ce n'est pas la moindre qualité de ce livre impressionnant que de nous rappeler que de la misère ne peut naître que le pire et que la lumière s'y fait rare et brumeuse.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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