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Gens qui vivent et Gens qui meurent

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Une actualité de Gwénaël Rocher
Publié le 16/03/2016

AngelusParfois on voudrait expliquer des choses qui paraissent simples mais qui, au final, se révèlent être d'une incroyable complexité. Il existe une frontière floue entre l'indicible et le justifiable que l'on pourrait nommer, pourquoi pas, l'impression. Alors pourquoi a-t-on cet étrange sentiment que Comédie new-yorkaise de David Schickler et Angelus de Tim Winton se ressemblent comme deux Jean d'Ormesson, alors que tout semble les différencier, voire même les opposer ? La complexité de la question n'impliquant pas que nous devons l'éviter, nous allons donc tenter d'y apporter quelques éléments d'explication.

Les points communs, tout d'abord : nous avons deux excellents recueils de nouvelles, et c'est certainement cela qu'il faut retenir de ce billet. Ce qui caractérise, en outre, ces deux recueils, c'est l'intérêt qui va en grandissant au fil de la lecture, les nouvelles qui les composent étant reliées les unes aux autres d'une manière souvent très subtile, avec des personnages ou des lieux récurrents. Mais force est de constater que les points de comparaison ouvertement "explicables" se limitent là, et que les divergences s'avèrent bien plus nombreuses.

A notre droite, nous avons Tim Winton. Ce romancier australien bénéficie d'une grande notoriété internationale et a remporté de très nombreux prix littéraires et distinctions en tout genre. Il puise son inspiration dans les paysages et les lieux situés pour la plupart sur les côtes ouest de l'Australie. Angelus, qui se passe près de Perth, ne déroge pas à la règle. Enclavée entre l'océan, le désert et les montagnes, Angelus est la ville par laquelle toutes sortes de menaces peut venir. Les dix-sept nouvelles de ce recueil sont composées dans une prose à la fois simple et puissante, lumineuse et sombre, un lyrisme à la fois contenu et très présent. Il y a beaucoup de morts à Angelus, les mystères sont légions et chaque histoire interroge les pensées les plus sombres de chacun d'entre nous.

A notre gauche, c'est David Schickler qui orchestre. Comédie new-yorkaise, son premier roman, est composé d'histoires courtes sur des habitants d'un immeuble de Manhattan. Dans un premier temps, les histoires peuvent paraître indépendantes les unes des autres, mais cette impression est rapidement démentie par le retour de certains personnages récurrents. Une curieuse impression de réalisme magique émane de ces onze nouvelles. David Schickler a également le sens du dialogue. On croirait certains échanges sortis directement des meilleurs sitcoms et certaines situations, quand elles ne sont pas originales, sont franchement désopilantes.

Ces deux recueils construits comme des édifices témoignent de la richesse de la littérature anglo-saxonne dans le domaine de la nouvelle. Et si les anglo-saxons font partie des principaux précurseurs de cette discipline - songeons notamment à Poe et Hawthorne - ces deux héritiers savent aussi parfaitement maitriser cet art et  méritent amplement leur place à côté des plus grands. Et c'est peut-être cela qui fait qu'ils se ressemblent tant.

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