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Georges Saunders ou la liberté

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Une actualité de David V.
Publié le 05/03/2015

Dix décembreamène avec un art incroyable) qui va provoquer sa ruine. C'est un gamin qui contrevient aux ordres paternels obsessionnels et ose sauver sa voisine qui va se faire violer en se découvrant un instinct meurtrier efficace. C'est un vieillard qui décide d'en finir et va devoir tirer d'un étang gelé un gamin illuminé par les histoires qu'il se raconte. C'est un prisonnier qui pourrait échapper à une longue peine est devenu cobaye pour des laboratoires qui lui ont incorporé un distributeur chimique afin de tester son cerveau et le manipulent avec un détachement aussi clinique que criminel. Des histoires qu'on pourrait juger horribles si le refus de l'effet appuyé ne donnait à l'ensemble une teinte ironique qui dissipe l'énormité du propos. George Saunders en dit le moins possible, il procède par ellipses, partant du postulat que nous savons où nous sommes, quand nous y sommes et que rien ne doit nous étonner. Mais ce qui fait le charme irrésistible de son univers c'est que tout cela n'est jamais gratuit, que nous ne sommes pas dans un bouillon de cultures mijoté par un pervers ou un nihiliste. George Saunders traduit avec ses images irréelles un humanisme qui refuse de se faire moralisateur. Dévastés par leurs tentations, leurs inquiétudes et leurs névroses, ses créatures entrevoient toujours leur part de liberté, fut-elle infime et menacée. Il n'aura que peu de lecteurs, on peut le craindre, mais ceux-là seront touchés pour longtemps.