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"Geronimo n'a tué personne mais qui a tué Geronimo ?"

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Une actualité de Véronique M.
Publié le 16/03/2016

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C'est à partir de la découverte de ce mail pour le moins énigmatique que le personnage et lecteur se retrouvent plongés dans cette dernière enquête de Louise Morvan, détective privée de choc et (non dénuée) de charme de la romancière Dominique Sylvain. Il faut dire que cela faisait 8 ans que nous attendions son retour, et les retrouvailles sont dignes de l'attente suscitée...

Notre héroïne se retrouve au service de la destinataire de ce message crypté, Philippine Domeniac, donc en charge de démasquer le corbeau responsable d'une menace latente qui fait remonter à la surface de vieilles affaires de famille, bien entendu non résolues. En effet, "Geronimo" était  le sobriquet affectif de son père enfant, surnom apparemment inoffensif et connu exclusivement des Domeniac, mais son usage révèle surtout que son suicide en 1984 (Philippine avait 5 ans) est, vingt-quatre ans plus tard, fortement controversée. L'enquête psychologique autour des personnalités ambiguës composant ce clan fermé et tumultueux est conduite par une Louise Morvan plus combattive que jamais sur le plan professionnel mais ô combien attachante et fragile dans sa vie privée : sans conteste, le mariage de l'univers sombre du polar à la féminité (attention, n'y entendez ni sensiblerie, ni revendication d'aucune sorte) du privé (faut-il donc dire désormais "la privée" ?) est une des réussites majeures de Dominique Sylvain.

  Nous retrouvons avec plaisir le foisonnement narratif de l'auteur qui n'hésite pas, en parfaite équilibriste, à brasser dans ce dernier opus des thèmes aussi divers que les secrets familiaux élargis aux enjeux de la mondialisation. Si la recherche planétaire sur les OGM mené par ce père disparu, Thierry Domeniac (scientifique de génie et précurseur dans ce domaine), les narcotrafiquants colombiens, la mafia russe amplifient rapidement l'écho des rancunes indicibles et rivalités (fraternelles) enfouies, l'intrigue s'attache aussi au devenir sentimental de notre enquêtrice qui va s'associer avec son "double" au masculin, Mathias Dotko, ex-flic ténébreux aimantant peu à peu le désir de sa protégée et qui n'hésite pas à jouer des muscles pour venger son père . Polar d'ambiance classique au départ, La nuit de Geronimo emprunte alors sans complexe les ressorts du polar d'action voire d'espionnage (dans la parenthèse en Russie de ce dernier) sans jamais noyer son lecteur tenu en haleine grâce aux multiples rebondissements habilement distillés. Car comme l'avait confiée Dominique Sylvain dans une interview en 2007 (voir sur le site evene.fr) : "ce qui me plaît c'est de dépasser les genres".

nuit-geronimo.jpg La signature de la couverture du livre ne vous est probablement pas étrangère si vous êtes un(e) habitué(e) des "Chemins nocturnes" empruntés depuis une dizaine d'années par l'éditrice Viviane Hamy. Voyons, à quelle célèbre auteur de "rompols" nous fait penser ce fameux fond noir (bien caractéristique de la collection) ? Fred Vargas, bien entendu ! Comme son aînée en mai 2005 , Dominique Sylvain nous avait fait la joie de répondre à l'invitation de notre librairie il y a deux ans (cliquez ici  afin de lire le dossier rédigé pour l'occasion) pour la parution simultanée de la réédition de Baka ! (la première enquête de Louise Morvan) ainsi que de L'absence de l'ogre, dernier tome de la deuxième saga de l'auteur qui emprunte une veine plus fantaisiste avec les personnages Lola Jost/Ingrid Diesel Notons que l'intégralité de l'oeuvre de l'auteur en format poche glisse doucement de l'éditeur J'ai lu à la collection Points Seuil chez laquelle nous trouvons pour l'instant et récemment publié  la première enquête de ce duo haut en couleurs, Passage du désir, ainsi que la quatrième et dernière aventure, L'absence de l'ogre.

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  Sachez enfin que la réédition chez Points des Louise Morvan est déjà prévue très bientôt soit le 7 mai 2009 avec le premier tome, Baka ! (Suivront normalement ensuite dans l'ordre :  Soeurs de sang, Travestis et Techno Bobo ?). Si Dominique Sylvain n'a peut-être pas encore acquis le statut d'incontournable classique du polar français détenu par sa consoeur Vargas à laquelle elle ne souhaite pas pour autant être systématiquement comparée, gageons que son univers et son style également très singuliers séduisent un  large public qui compte(ra) de plus en plus d'aficionados.

 P.S : en ce moment, n'hésitez pas à nous réclamer votre cadeau bonus en édition limitée pour l'achat de deux policiers dans la collection de poche Points : un CD de deux nouvelles inédites (Baignade interdite et Sirènes) lues par la comédienne Julie Gayet et écrites par... D. Sylvain !!

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Libraire, lectrice, mais pas liseuse. @MarilynAnquetil

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

Véronique M. (119)

Une libraire qui aime les chats (surtout le sien !), vénère Proust, et est capable dans un grand éclectisme de se régaler avec un essai critique pointu, un recueil de poésie ou un bon polar !