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Herta, un Nobel de bon goût

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Une actualité de David V.
Publié le 24/08/2013

Herta MullerNous venons de l'apprendre en direct sur le site de l'Académie Suédoise, c'est donc Herta Müller qui se voit récompensée par le Prix Nobel de Littérature 2009, belle surprise même si les spécialistes annonçaient un poète, genre dont les scandinaves sont friands.  Le Jury dit avoir récompensé un auteur qui "avec la densité de la poésie et la franchise de la prose, dépeint l'univers des déshérités". Roumaine d'expression allemande née en 1953, elle est très peu connue du public français. Etudiante à Timisoara, rebelle face aux exigences de la Securitate de triste mémoire, elle publie son premier livre en 1982. C'est en 1987 qu'elle se décide à émigrer avec son mari pour s'installer à Berlin. En France on a pu lire L'homme est un grand faisan sur terre (folio, Gallimard mais découvert par Maren Sell en 1988), Le renard était déjà le chasseur (Seuil), La convocation (Métailié). Ce prix inattendu va nous permettre de faire connaissance avec un auteur de belle exigence, preuve de la vitalité d'une littérature allemande trop peu lue de notre côté du Rhin. Mais nous en reparlerons…car Gallimard publiera son prochain livre fin 2010, le temps de la découvrir un peu plus.

Et sur le site de Métailié qui a édité son dernier livre en 2001, on trouve ce petit texte de présentation de l'auteur :

« Dans le village où j'ai grandi il n'y avait pas de Roumains, à l'exception de quelques fonctionnaires. Tous les autres étaient allemands. Je n'ai appris le roumain qu'en allant à l'école, comme on apprend une langue étrangère. » raconte Herta Müller qui est née en Roumanie, au Banat, en 1953. Dans la seconde moitié des années 60, une brève ouverture du régime de Ceauscescu en politique étrangère et culturelle avait semblé favoriser la littérature. C'est dans ce climat apparemment plus libéral que quelques jeunes écrivains de langue allemande ont pu créer à Timisoara le Groupe-Action du Banat. Mais il s'avéra rapidement que le régime ne souhaitait nullement tolérer la libre expression, ni le libre débat d'opinion. Les écrivains critiques devinrent suspects. Surveillé par la Securitate, soumis à des pressions et des chantages, interdit de publication, le groupe fut finalement dissout. Proche de ce groupe, auquel appartenaient Werner Söllner, Richard Wagner, Ernst Wichner, ainsi que quelques écrivains de Transylvanie comme Franz Hodjak, Herta Müller qui, à l'époque n'avait pas encore publié, se souvient : « Ce groupe a été très actif, mais il n'a pas vécu longtemps. A l'époque je n'écrivais pas encore, mais j'étais proche de certains membres du groupe dont je partageais les conceptions littéraires et les positions politiques. La police secrète l'a infiltré, il a été dissout, ses membres affectés à des postes très éloignés les uns des autres. Séparés les membres du groupe ont évolué différemment, certains ont même renié leurs engagements antérieurs, par opportunisme. Dès le début de son existence, le groupe a été perçu par le régime comme un « ferment d'opposition » Mais il ne s'est jamais défini ainsi, il souhaitait simplement que la littérature soit le lieu d'une critique lucide du quotidien et le vecteur de la transformation de la société. A cela s'ajoutait bien sûr la confrontation permanente avec la génération précédente, à qui les écrivains de ma génération reprochaient leur manque d'esprit critique, leur trop facile soumission aux idéologies dominantes. » Esthétique de la résistance, cette littérature a été celle de la dernière génération des écrivains roumains de langue allemande. Elle est née dans une situation d'isolement absolu, due à la fois au contexte linguistique exceptionnel et au vide politique et historique. Lorsqu'ils ont quitté leur pays pour l'Allemagne fédérale, les écrivains ont fait l'expérience d'une autre réalité culturelle, sociale, politique, d'une autre langue aussi, bien que leur langue maternelle ait également été l'allemand. « Mon allemand de minorité », écrivait Herta Müller en 1988 peu de temps après son installation à Berlin-Ouest, « mon allemand de minorité est maintenant relié. Désormais le lien te semble corde. Je suis débarrassée de toi, tu es ma sauvegarde. Coup pour coup. Ma conscience d'être ailleurs.»

 

 

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