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Hors d'atteinte ?

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Une actualité de David V.
Publié le 26/09/2014

Saint Paul prêchant aux AthéniensFreud et l'accompagne quand le père de la psychanalyse reconnaît dans le désir de Dieu celui d'un désir enfantin, d'une nostalgie du père, d'une volonté d'être le centre du monde ; il a lu Nietzsche et avoue volontiers que la fuite de la réalité que permet la croyance est un grand avantage qui nous permet en plus de "nous rendre intéressants à nous-mêmes". Mais la grâce du désespoir lui a été accordée et il ne lui a pas tourné le dos. On n'est cependant pas chrétien à vie... Le scepticisme fourbit sans fin ses armes et vous terrasse un jour. S'il n'y avait l'inlassable (et insondable) envie de savoir, Carrère n'aurait pas entrepris de retourner vers ce Nouveau Testament exploré un crayon en main. Désormais c'est en historien qu'il veut suivre le chemin, voire en romancier, peut importe la casquette sous le soleil de son attente. Et c'est la figure de Paul qui va faire l'objet de toute son attention (et d'un mouvement du livre), ce Juif ultra orthodoxe qui a bouffé du chrétien avant de s'en faire le guide. Il va s'intéresser ensuite à celle de Luc (sujet d'un mouvement), un Grec attiré par la religion des Juifs qui n'a pas connu le Christ mais a été happé par le message de Paul. A travers le portrait croisé de ces deux hommes qui ont été proches, c'est toute l'histoire des débuts du christianisme qu'interroge Emmanuel Carrère. C'est lui-même aussi bien sûr qu'il interroge car son enquête se double d'une quête pour tenter de répondre à cette question : pourquoi suis-je en train de la faire ? Il ne "croit" plus, c'est certain (même si son ami Hervé se plaît à le faire douter : que lui réservera demain ?) mais comment en est-il arrivé là ? "Non, écrit-il, je ne crois pas que Jésus soit ressuscité. je ne crois pas qu'un homme soit revenu d'entre les morts. Seulement, qu'on puisse le croire, et de l'avoir cru moi-même, cela m'intrigue, cela me fascine, cela me trouble, cela me bouleverse - je ne sais pas quel verbe convient le mieux. J'écris ce livre pour ne pas me figurer que j'en sais plus long, ne le croyant plus, que ceux qui le croient et que moi-même quand je le croyais. J'écris ce livre pour ne pas abonder dans mon sens". Naviguant dans les eaux profondes du probable et du "pas impossible", il invente, mais en nous le disant, en le répétant, s'autorisant des anachronismes pour se faire mieux comprendre, pour mieux comprendre lui-même, osant des théories, suivant des pistes, nous faisant les témoins conquis de ses déambulations au coeur des écrits sacrés. "Quand même, je n'aimerais pas être touché par la grâce", avoue-t-il in fine. Mais doit-on le croire ? Avouons-le, une fois de plus Carrère déploie ce don pour capter un lecteur dont il attaque subrepticement le scepticisme. Il vous oblige à tirer de la poussière votre Bible de Jérusalem (voir votre Renan, mais là ce n'est pas de la poussière qu'on le tire, c'est du grenier), il ne vous laisse pas en paix avec ses certitudes, il est d'une honnêteté terrible et désarmante, idéale pour désamorcer les critiques. Grâces lui soient rendues : avec lui la fameuse rentrée littéraire gagnera en profondeur.

http://youtu.be/xense5hk7V4

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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