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Insulaire abandonné

4546_insulaire-abandonne
Une actualité de David V.
Publié le 29/05/2013
 

Jean-Luc Coatalem a lu l'un des plus mystérieux livres de ces dernières années, l'Atlas des îles abandonnées (Arthaud), et il n'a pu, comme nous, rester insensible au charme puissant de cette collection de lieux où l'humain n'a pas souvent réussi à en imposer aux éléments. Sauf que lui est écrivain et qu'il a du talent, ce qu'il prouve depuis Petite Papouasie, paru il y a vingt-cinq et Zone tropicale édité par Le Dilettante à l'aube de son histoire. Son sang d'encre n'a fait qu'un tour pour imaginer un roman, Le Gouverneur d'Antipodia, dont l'inquiétante beauté ne cesse de surprendre, robinsonnade moderne dont on n'est pas certain de savoir qui est le vendredi, crusoade violente et onirique dont il ne faut pas attendre de belle morale. A Antipodia, il n'est pas habituel de faire de vieux os, cette île de l'extrême sud où pousse une herbe aux vertus psychotropes, où s'ébrouent quelques chèvres en prévision d'un possible naufrage, où flotte le drapeau d'une société qui maintient sans ferveur une présence humaine, cette île a tout d'un bagne dont on ne s'échappe pas. Pour y survivre il faut y mettre du sien ou n'avoir pas le choix : François Lejodic dit Jodic y purge une auto-condamnation à mort de l'amour, loin de la traitresse qui l'a abandonné, M.Paulmier de Franville y expie une faute diplomatiquement incorrecte quoique sexuellement très enivrante. Tous deux forment une communauté inavouée où le scrabble fait office de lien et où les jours se succèdent au rythme de petites tâches ingrates dans un climat qui ne favorise guère le bronzage, dans l'attente d'un rien qui envahit tout et peut se transformer en folie sans prévenir. Chacun leur tour il nous raconte cette claustration au grand air marin : les grands airs de celui qui se fait appeler Gouverneur, les petites musiques secrètes de Jodic qui s'est inventé une drogue qui le fait planer, des péripéties dérisoires qui encombrent la pensée, des maux anodins qui deviennent terribles, des accrochages qui s'enveniment, un temps qui s'épaissit, un duo qui claudique. Mais comme les îles attirent tels des aimants les naufragés, aussi loin qu'ils soient, un Moïse va débarquer sur ce rivage des tristes sires. L'accueil sera pour le moins antartique. Obsédant Le Gouverneur d'Antipodia l'est, à tout le moins. Rendre aussi prenant un roman où il se dit et se fait si peu n'est pas qu'un tour de force, c'est une réussite littéraire et non un livre glacé qui jouerait la sophistication et la pose. Qu'on n'attende pas pour en faire le tour, le fond et le comble, il le mérite largement. 

 

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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