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It is a tale told about an idiot, full of sound and fury, signifying nothing

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Une actualité de Fleur Aldebert
Publié le 24/08/2013

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"En plein jour. Ils l'ont jeté dans un puits de l'autre côté du village. Ils l'ont pris par les jambes et l'ont fait basculer comme une poche de blé. En comptant un, deux, trois. Le maire et son adjoint. Quelques jours plus tôt, les deux hommes étaient restés à la mairie après la levée de l'assemblée. Ils n'avaient pas pris la peine de s'asseoir. Ils avaient défait le noeud de leur cravate et avaient parlé dans l'embrasure de la porte. Il n'y avait pas eu de véritable silence. Le cou du maire était rouge, presque violacé. Il avait parlé le premier."

Ainsi commence le premier roman de Julie Mazzieri, paru aux éditions José Corti en janvier dernier. Entre son titre saisissant - Discours sur la tombe de l'idiot - et cet incipit à la fois dense et très visuel, on est embarqué dès le début dans une histoire de meurtre assez sordide, celui que perpètrent le maire et son adjoint sur la personne de l'idiot du village. Si le lecteur croit détenir les clés de cet assassinat prémédité dès le début, il n'est pas pour autant au bout de ses peines. Entre le besoin de comprendre les motivations qui ont poussé ces deux complices à agir de la sorte et celui de découvrir à quel stratagème ils vont recourir afin que les soupçons ne portent pas sur eux, difficile de lâcher ce roman avant de l'avoir terminé !

Tous les ingrédients du petit village traditionnel sont présents. Cela va de la façon dont les membres de ce microcosme sont désignés - le meunier, le laitier, le curé, le ferblantier etc... - jusqu'à l'ambiance qui y règne - les commérages des femmes y constituent un réseau d'informations plus efficace que le journal de 20 h - en passant par un décor admirablement bien campé. Pour autant, la vie à Chester est loin de suivre le cours d'un long fleuve tranquille. En effet, entre la tempête qui s'abat sur la région, l'arrivée d'un jeune ouvrier dont le dessein est de se refaire tout en se faisant oublier, l'installation d'une famille anglaise, et l'organisation de la fête du village, les évènements se précipitent tandis que le suspense continue de planer. Le lecteur observe alors les habitants dans leurs tentatives plus ou moins fructueuses pour gérer la gêne, la honte, la différence.

On retiendra de ce récit aux allures de roman policier son rythme soutenu, son écriture - tantôt imagée, tantôt minimaliste, celle-ci a l'efficacité d'une lame de rasoir bien tranchante - et ses accents faulkneriens - comment ne pas voir le spectre de Benjamin derrière le personnage de cet idiot pour le moins gênant ? Sans doute peut-on lire derrière ce fait divers une dénonciation des travers de la société actuelle - se débarrasser coute que coute de tout ce qui fait désordre, assainir, uniformiser toujours davantage. Incarnée par le personnage du maire, c'est bien la raison d'Etat qui semble être remise en cause ici. Sur quels critères se baser pour affirmer sa légitimité face à ceux qui en font les frais ?...

 

F.A.

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