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Ivre à Soulac ou les joies du Médoc

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Une actualité de David V.
Publié le 09/05/2013

De loin on dirait une ileEric Holder n'a rien de la figure du "régional de l'étape", celui que l'on soutient parce qu'il habite à deux pas ou qu'il raconte les trépidantes aventures d'autochtones que nous connaissons parce qu'ils nous ressemblent. On a bien appris qu'il s'était installé dans notre douce région, et son dernier roman offrait des décors qui nous étaient familiers, mais notre résistance à lui coller cette étiquette l'emportait sur les considérations locales (car être local vous assure malgré tout un public, de celui que l'on nomme "captif"...). Le problème se posera-t-il de nouveau lors de la sortie de son nouveau livre De loin on dirait une île à paraître au Dilettante en septembre ? D'emblée on peut annoncer que ce court livre possède la plus belle quatrième de couverture de la rentrée : la plus limpide, la plus forte, la plus totale...qu'on ne déflorera pas. Ni recueil de nouvelles (ce que nous préférons de Holder, un genre où il excelle), ni roman, ce texte ressortit au domaine un peu vague du récit : celui qui nous parle, se confie, se cherche, se raconte, c'est Holder lui-même, installé depuis quelques années dans le Médoc avec sa compagne D., éditrice, qui rêvait de côtoyer l'océan et d'y poursuivre sa vie. Etre écrivain - et ce texte est à ce titre une très fine analyse de cette "condition" qui n'est jamais un métier -, c'est avoir beaucoup de temps libre ou supposément tel, et il faut remplir ses journées avec ce que l'on peut voir assis depuis la chaise d'un bar de Soulac, sentir se former un personnage dans l'étude de quelqu'un, se laisser traverser par ses impressions, par la beauté d'un paysage. Mais être écrivain, c'est aussi affronter le regard et le jugement de ceux pour qui vous n'êtes qu'un oisif suspect, un mateur louche, un étranger dont on ne comprend pas les mobiles. Cette expérience cruelle, Holder l'a vécue, victime d'une hostilité face à laquelle il refusait de se dérober (il y a un côté obstiné chez lui qui force l'admiration), et pourtant il ne semble pas avoir jamais remis en question sa présence sur cette terre étrange, ce bout de terre aussi isolé qu'une île, face au spectacle sans fin recommencé des vagues puissantes qui interdisent aux hommes de bâtir des ports. D'abord témoin de ses démêlées, nous devenons vite complice du regard sans complaisance qu'il porte sur ce monde à part et sur lui-même, lonesome cowboy juché sur sa moto, père d'un adolescent qui a beaucoup à lui apprendre, écrivain toujours sur le fil du doute. On aimait jusqu'alors le Holder écrivain, sans doute aime-t-on désormais le Holder médocain grâce à ces "nouvelles du Nord" Gironde...

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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