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Jaccottet chantre majeur

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Une actualité de Véronique M.
Publié le 15/03/2016

Philippe Jaccottet C’est à la rencontre, voire (pensez-y !) à la fréquentation d’une « vieille dame » indigne à laquelle nous vous invitons aujourd’hui sur ce blog. Loin de ses "procès" ou de ses rumeurs apocalyptiques, nous tenterons de se faire le relais régulier de son actualité la plus diverse.

Comment, vous ne savez pas de qui s’agit-il? Cessons là tout mystère ! Avare, elle donne pourtant sans conter, tantôt « muse sacrée » ou « lascive » offerte à qui ose en caresser le rêve (pour les Romantiques, notamment) elle nous charme secrètement sans rien perdre de ses précieux attraits. Politiquement incorrecte, proprement à contretemps car défiant les années avec une vivacité telle qu’on serait en droit de se demander, à l’instar d’une de ses voix contemporaines, Christian Prigent : A quoi bon encore des poètes ? (P.O.L, 1996)

Posons nous un instant sur un de ses discrets et pourtant chantre majeur, Philippe Jaccottet, à l’occasion de la sortie de son dernier recueil aux éditions Gallimard, Ce peu de bruits

clip_image002.jpgIci, nulle emphase, ni rhétorique, ni même une quelconque initiation ne sont nécessaires afin d’entendre le murmure de sa présence fragile mais inflexible, gage d’un lyrisme à peine effacé mais intact, car encore et sans cesse « de ce monde et pour ce monde ». Au soir de sa vie, au sein de la nature intacte de Grignan (son unique espace de création possible), Jaccottet parvient de nouveau à nous éblouir des sombres éclats de sa poétique, à mi-chemin entre prose et poésie, entre vie intensément éclairée par la grâce des poètes (qu'il traduit et dont il nourrit intensément sa propre oeuvre de poète, soit: Homère, Thomas Mann, Leopardi, Ungaretti, Musil, Hölderlin... ainsi que Rilke dont sa traduction des Elégies de Duino vient de paraître aux éditions La Dogana) et lucidité face à l’ombre grandissante promise par la disparition de ses poètes et amis (André du Bouchet…). Malgré l’indéniable mélancolie qui imprègne son écriture certes "crépusculaire" (ce depuis la fin des années 1940, soit ses premiers textes) comme le définit Pierre Assouline qui lui consacre un bel article , Jaccottet se défend de tout enfermement dans un nihilisme stérile tout en se reconnaissant à mi-mots dans les ultimes et lumineuses notes du Journal de Kafka (KAFKA, comme il nomme avec "vénération" le maître) qui sonnent tant à l’image de celles de ce noble héritier.

Voici quelques extraits de cette parole oraculaire visant définitivement à l’épure, soit au silence que sa suite impose à son tour:

"Ecrire simplement "pour que cela chantonne". Paroles réparatrices; non pour frapper, mais pour protéger, réchauffer, réjouir, même brièvement. [...]

Jusqu'au bout, dénouer, même avec des mains nouées." (pages 58-59)

"Sentiment de la fin du monde hors duquel je ne pourrais plus respirer." (page 71)

"Sans doute est-ce dans ces conditions désastreuses qu'il faut réaffirmer ce qu'on aura vu dans l'ordre de la lumière avant la catastrophe." (page 95)

"Il faut désembuer, désencombrer, par pure amitié, au mieux: par amour. Cela se peut encore, quelquefois. A défaut de rien comprendre, et de pouvoir plus." (page 53)

 

 

Pour aller plus loin et écouter Jaccottet interviewé le 17/04/08 dans l’émission « Affinités électives » sur France Culture

 

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