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Janvier - Julien Bouissoux - Editions de L'Olivier

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Une actualité de Rayon Littérature
Publié le 19/01/2018
Et vous, que feriez-vous si votre employeur oubliait votre existence ? C'est le sujet du dernier roman de Julien Bouissoux, paru aux éditions de l'Olivier, un livre touchant, entre humour et nostalgie, qui questionne notre rapport au travail dans la société mondialisée d'aujourd'hui.
Le groupe vient d’opérer une restructuration d’ampleur. Il y a eu des déménagements, une refonte de l’organigramme, des fermetures et des suppressions de postes, bien sûr. Il s’agit de rationaliser l’activité, d’améliorer la compétitivité de l’entreprise pour faire face à la concurrence croissante venue d’Orient. Rétribuer correctement l’actionnariat. Entre autre. Mais pour l’employé anonyme qu’est Janvier, rouage interchangeable happé au cœur de la mécanique sibylline du conglomérat qui l’emploie, ces mouvements demeurent opaques. Qu’il en prenne ou non la mesure importe d’ailleurs peu.

Tout de même, voici six mois que Janvier n’a pas reçu le moindre dossier de travail. Son tour approche, il en est sûr. Mais la hiérarchie tarde à se manifester. Son salaire continue de tomber tous les mois. Les factures d’internet, de téléphone et d’électricité du petit local abritant son bureau, isolé au fond d’une impasse en lieu et place d’une ancienne boucherie de quartier, loin du siège social de son entreprise, continuent d’être réglées par prélèvements automatiques. Janvier se risque à joindre l’un de ses anciens contacts : une voix inconnue à l’autre bout du fil, « je crois qu’elle ne travaille plus ici… […] Qui la demande ? ». Il raccroche aussi sec. N’attirons pas trop l’attention. Janvier finit par s’en convaincre : « ils l’avaient tout simplement oublié ».

En attendant d’être retrouvé, car il est convaincu que ce moment viendra, Janvier est libre de faire ce que bon lui semble, la sécurité financière en prime. Pourtant, contre toute attente, il choisit de continuer de se rendre au bureau, cinq jours sur sept, « jamais en avance et rarement en retard ». En individu prévoyant et consciencieux, il fait place nette, étiquette les dossiers et se tient prêt pour le départ. « Les adieux n’en seraient que plus faciles ». Sa seule responsabilité consiste désormais en l’arrosage quotidien du guzmania qui occupait déjà ce bureau avant son arrivée et qu’il ne peut se résoudre à laisser dépérir. Une fois les soins prodigués à la plantes, Janvier dispose du reste de la journée.
Peu à peu, il fait l’apprentissage du temps pour soi. Il s’essaie à la poésie, puisant son inspiration dans la contemplation du guzmania ou dans la photocopieuse dont la mise en veille aléatoire lui donne parfois la sensation qu’il s’agit d’un être vivant. Il écrit pour écrire. « Il aurait pu se contenter d’appuyer sur les touches de son clavier et ne jamais poser les yeux sur sa prose ». Au déjeuner, il s’attarde à observer les clients du café dans lequel il déjeune tous les jours depuis des années, « tous ces corps qui ont faim », tous salariés comme lui. Presque comme lui. Lors d’une promenade, un slogan publicitaire l’interpelle : « Voyagez hors saison : 50% sur toutes nos destinations ». Janvier se prend à rêver de destinations lointaines. « Le monde était rempli de nouvelles possibilités. » Plus tard, alors qu’il se trouve chez le coiffeur et consulte un article de presse traitant de la mondialisation, Janvier repère une photo sur laquelle figure, au côté d’un employé chinois dénommé Wu Wen, une photocopieuse identique à celle qui se trouve dans son bureau. Janvier n’en revient pas. Il entamera bientôt une correspondance chaleureuse avec Wu Wen, lequel deviendra sans le savoir son confident le plus intime puisque Janvier ignore par quel moyen faire parvenir ses lettres à son homologue asiatique. Mais tandis qu’il prend un plaisir croissant à mener sa toute nouvelle vie, trois coups sinistres retentissent un matin contre la porte du bureau. Le moment est-il venu pour Janvier de rendre des comptes ?

De son écriture sobre et claire, qui s’accorde à merveille avec le caractère circonspect de son anti-héros, Julien Bouissoux aborde avec légèreté le thème de la dévotion au travail et de la difficulté à se réaliser dans une société en perte de repères. Un roman drôle et intelligent que l’on parcourt avec plaisir, ému au fil des pages par le personnage de Janvier, comique malgré lui et attachant, avec lequel on se surprend parfois à découvrir des traits de caractère communs.

Nicolas

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