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Je t'aime un peu, beaucoup, à la folie

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Une actualité de Marilyn
Publié le 08/11/2017
Pour son unique roman, Yanette Delétang-Tardif (1902-1976) nous parle d'amour, celui qui consume, qui brûle les doigts et les ailes. Un texte magistral paru en 1945 à la Table ronde et enfin réédité par les éditions Arbre vengeur.
Ils sont tous les deux enfermés, l'un dans un appartement et l'autre dans son couple. Régulièrement, Gilbert reçoit des lettres de Barbara, une femme qui se dit séquestrée par un homme qui l'autorise seulement à envoyer des courriers à un inconnu tant que ceux-ci ne divulguent pas où elle se trouve.

Que faire de ces lettres si ce n'est les lire ? La police ne peut pas croire à cette histoire de fou - Gilbert lui-même pense que quelqu'un de son entourage, sa compagne Fanny notamment, lui joue un mauvais tour. Et depuis le temps qu'il en reçoit, il n'est plus possible de les évoquer auprès de sa femme sans trahir son attirance pour la prose de la prisonnière ou décevoir son cœur qui s'est laissé à croire à cette histoire romantique. Car Gilbert aime Barbara. Il aime sa personnalité, ses mots. Ceux-ci résonnent en lui, lui permettent de s'interroger sur lui-même, sur sa vie, sur son couple.

Il aime aussi sa détresse ; cette fenêtre qui s'ouvre sur l'intimité d'une inconnue qu'il peut suivre épisodiquement. Il n'a aucun pouvoir sur Barbara, mais il est également dans l'incapacité de la sauver. Le seul réconfort que l'un et l'autre peut ressentir est d'écrire et de se faire lire.

Barbara maîtrise l'écrit avec maestria. Elle nous donne l'impression de se livrer toute entière, de nous donner sa confiance tout en restant profondément énigmatique. Et ce sont toutes ces questions qui vont nous plonger, nous lecteurs, dans les méandres d'un roman dont la subtilité l'éloigne du genre policier. Nous ne saurons rien des raisons véritables de sa détention et il ne sera nullement question de la délivrer. L'intrigue réside dans le contentement des personnages à rester où il se trouve, à laisser la folie les grignoter.

Car le véritable thème de ce roman, le voici : la folie, celle liée à l'amour que l'on ne trouve que dans les livres ou les films. Cet amour d'un si grand tourment que le roman en devient étrange et inquiétant à la fois tout en nous hypnotisant jusqu'à la dernière page.

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Libraire, lectrice, mais pas liseuse. @MarilynAnquetil

Emilie (122)

"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

Véronique M. (119)

Une libraire qui aime les chats (surtout le sien !), vénère Proust, et est capable dans un grand éclectisme de se régaler avec un essai critique pointu, un recueil de poésie ou un bon polar !