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Je vous ai compris, mais...

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Une actualité de David V.
Publié le 19/03/2016

abricot.jpgAlors bien sûr, il va y avoir droit, ce Clément Caliari, jeune auteur d'un fameux premier roman chez Gallimard, Retrait de marché, il va y avoir droit à l'actualité nauséeuse du moment sur le monde pharmaceutique où on se pique fort peu de littérature, sauf sur certaines notices de médicaments qui ressemblent à des performances de poésie contemporaine. On va trouver son éditeur malin et on en oubliera peut-être de le lire simplement et de goûter à la qualité de son style, à son personnage irrésistible, à cette aventure improbable qui nous plonge dans la France presque moisie de la IV° République. Il est vrai que cette histoire d'antibiotique performant, mis en vitesse sur le marché à grand renfort d'un marketing naissant, et qui se met à tuer en série d'innocents patients a comme un air de déjà vu. Il faut pourtant faire l'effort de ne pas laisser le sujet dévorer le livre car l'auteur joue le jeu romanesque en mettant en scène Louis Lémure, ingénieur en pharmacie qui rêve autant de gloire que de fortune et croit trouver l'universel-le panacée, ée, ée sur de la moisissure d'abricot hongrois alors qu'il est surtout coupable d'avoir composer un vrai poison qui soigne les angines certes et fort vite mais rend aveugles les plus fragiles des patients. Ce Lémure vit dans l'ombre du grand Charles dont le portrait orne son laboratoire et les phrases éternelles du libérateur de la France résonnent dans son esprit ivre du Gaullisme le plus fougueux. Cet apprenti sorcier peu scrupuleux qui a l'intuition que la pharmacie enrichira quelques élus touille ses molécules au fond d'un cerveau qu'embrument les vapeurs de l'éternité promise, il en oublie le monde réel, celui de la souffrance qui peut vite devenir celui de la haine pour les survivants. C'est son parcours que nous allons suivre, sans que se relâche l'étreinte visqueuse qui nous prend devant tant d'intelligence bafouée, tant de cynisme encouragé, derrière ce Lémure qui rampe comme certains personnages de Simenon pour échapper à ses crimes, au regard de sa famille, à l'image que lui renvoie son miroir. Son forfait découvert, il se terre, il se cache, il se répandrait presque avant de partir comme un bagnard évadé pour une Algérie où gronde la colère mais où il y a encore de l'argent à se faire. On ne racontera pas les péripéties de l'intrigant bonhomme qui gratte son désespoir avec rage mais reconquiert assez vite une triste dignité. La justice le rattrapera, ce qui vaut une longue scène trés réussie de procès où une prophétique vision de la justice apparaîtra. Clément Caliari a le plume acide et réjouissante, il aime les turpitudes de ses personnages qu'il fait évoluer dans un décor sur lequel il ne faudrait pas beaucoup souffler pour qu'il ressemblât à notre époque crépusculaire. On lui reprocherait bien l'apparition des mots management et marketing qui nous paraissent un peu anachroniques (mais on peut se tromper), une paille néanmoins devant la qualité de l'ensemble. Très bonne nouvelle de ce début d'année romanesque, Retrait de marché mériterait de s'y faire une place et sans crainte qu'on l'y retire trop tôt.

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