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Juan Manuel Roca - coup de coeur poétique venu de Colombie

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Une actualité de Karine G.
Publié le 16/03/2016

 

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 C'est le Printemps des poètes, les nouveautés fleurissent !

L'occasion ou jamais de faire des découvertes. En voici une de taille, avec cette magnifique anthologie Voleur de nuit, du poète colombien Juan Manuel Roca - auteur reconnu, récompensé par de nombreux prix et publié en France pour la première fois - remercions  au passage les Editions Myriam Solal pour leur beau travail ainsi que le traducteur (admirable),  François-Michel Durazzo. Il y a quelques jours, l'auteur et son traducteur étaient à Bordeaux, à l'Institut Cervantes, pour une rencontre lectures. La langue de Roca parle d'elle-même - quelques bribes choisies valant mieux qu'un long article, à savourer :

 

CANTATE DU PAYS SAUVAGE

Chaque jour, comme si je descendais d'un bateau

Dont les rames sont le rêve,

Je retourne au même lieu à la langue sauvage.

Quand le vent ouvre les portes battantes de l'hiver,

Je peux voir l'éclair dessiner

Son escalier sur le tableau noir du ciel,

Ou bien j'écoute le naufrage de l'eau dans les ruisseaux.

 

            CARTE POSTALE DE NULLE PART

Des tulipes poussent

Dans le parc

Où les femmes marchent

Avec une légèreté de nuage.

 

Les couteaux n'ont pas

Envie de blessures

Ni faim de peau.

 

BOUTEILLES A LA MER

Dans la petite chambre où je vis

Comme Jonas dans le ventre d'un cétacé,

Je pense :  peut-être les poèmes sont-ils

Des messages envoyés par un naufragé,

Des bouteilles de cris pauvrement écrits

Qui vont peut-être de la mer des silences

Aux plages de l'oubli.

Mais voici que je lance une bouteille, une autre,

Une encore, habitée par mes peurs.

Dans la petite chambre où je vis

Comme Jonas dans le ventre d'un cétacé

Il reste peu de bouteilles du naufrage.

 

L'ANGE ASSIEGE

Dans les rues de la ville habitait mon coeur kidnappé. Je voyais des hommes coiffés d'un borsalino, des hommes bruyants entrer et sortir de bordels et de tripots.

Je perdis peu à peu l'innocence et, avec mes ailes, la folie des voyages. Je n'en suis pas sûr, mais je crois que c'est le balayeur du quartier qui m'a dit qu'une nuit, au milieu de mouches mortes et de seringues usagées, il avait trouvé mon sourire. L'innocence, comme une gare balayée par le vent, m'avait abandonné, et avec lui mes ailes.

Dans les rues de la ville habitait mon coeur kidnappé, ange assiégé qui ne voulait pas revoir le paradis.

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Juan Manuel Roca, poète et journaliste, est né à Medellin, Colombie, en 1946.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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