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Kampuchéa

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Une actualité de David V.
Publié le 19/03/2016
Henri mouhot, le décrouvreur d’AngkorC'est presque dommage que le prochain livre de Patrick Deville que nous avons eu la chance de pouvoir découvrir en avant-première, ne sorte pas maintenant et non à la rentrée comme prévu. Kampuchéa collerait en effet assez justement avec l'actualité du jour puisque les journaux relaient tous à leur façon le début du procès de quatre survivants khmers rouges jugés pour génocide, et qu'il s'agit de l'un des aspects cruciaux d'un texte impressionnant comme seul l'auteur de Pura Vida et Equatoria sait en bâtir. Il nous avait emmené en Amérique Centrale sur les pas de William Walker, au Congo sur celles de Savorgnan de Brazza, c'est en extrême orient que son prochain opus voyageur nous conduit, à la suite des fantômes de Mouhot, de Pavie, de Lagrée, de Garnier, ces quasi-inconnus désormais qui ont "découvert" et exploré l'Indo-Chine et dont les tombeaux ont parfois changé de lieux selon les époques qui voulaient ou non honorer leur mémoire suspecte. Mais qu'on aille pas croire que Deville qui n'aime rien tant que prendre les chemins ou les rivières de traverse nous plonge dans une enquête historique. Non, s'il nous conte quelques vies presque imaginaires, avec lui, la rupture, la brèche dans le temps, la digression règnent sur des pages qu'on n'abandonne pas de crainte que le fil de notre intérêt ne se rompe. Car s'il est question de Kampuchéa c'est que c'est le Cambodge qui est le cœur vital de son ouvrage, ce pays livré à une utopie ahurissante durant trois années de folie qui virent des "robespierristes" fanatisés occuper le pouvoir, ces khmers rouges dont il nous raconte, sans complaisance et avec la pudeur de ceux qui ont mesuré l'étendue d'une folie et ses sources, l'épopée puis la ruine. Deville sait écouter les âmes de rencontre, regarder les paysages et imaginer ce qu'ils furent, entendre la voix d'un passé colonial qui ne passe pas, narrer la grandeur incertaine de ces aventuriers qui conquirent la vaine gloire de découvrir avant de sombrer. Angkor, ce royaume perdu, est un magnifique sujet de rêverie : il nous parle des civilisations qui s'effondrent et de la vanité de celles qui croient imposer leur modèle comme l'Occident venu canonner des terres où des sagesses millénaires avaient imprimé une marque que l'agitation des nations en expansion ne pouvait effacer. Kampuchéa convoque des bourreaux et de leurs victimes sans jamais, pourtant, jouer au drame juridique, sans céder au vertige des chiffres affolants ni reconstituer l'enfer. D'autres ont su le faire. Non, Patrick Deville, avec sa subjectivité sans cynisme, son flegme attentif, a offert à ces pays qui nous sont souvent obscurs et qui peu à peu se confondent un hommage qui nous rappelle que personne mieux que les écrivains, quand ils savent voyager, n'est à même de raconter le monde.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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