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Kéthévane Davrichewy le 8 février

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Une actualité de Véronique M.
Publié le 29/05/2013

Si son nom ne vous est pas totalement inconnu, c'est peut-être parce que Kéthévane Davrichewy n'en est pas à son coup d'essai en littérature, auteur déjà prolifique d'une vingtaine de récits pour enfants et adolescents. Vous l'avez également croisée longtemps en bonne place sur notre table "coups de cœur" au rayon littérature grâce à son précédent roman d'amour et d'exil qui avait fait chavirer bien des cœurs de libraires (lire ici le blog enthousiaste de sa première supportrice de l'équipe) et de lecteurs, La mer Noire. En 2010, ce roman fit légitimement partie de la sélection pour notre prix Lavinal (voir la vidéo de présentation), puis Kéthévane Davrichewy se prêta elle-même au jeu de notre caméra pour un enregistrement dans notre studio, visible en cliquant ici. Premier texte de l'auteur choisi par l'éditrice Sabine Wespieser, cette dernière lui réitère en 2012 sa confiance en publiant Les Séparées qui figure parmi la liste des 5 romans en compétition du prix RTL-Lire.

La mer Noire revenait sur les origines géorgiennes de la famille de l'auteur à travers le regard d'une vieille dame le jour de ses 90 ans, Tamouna, qui attend le retour de son ancien amant Tamaz. Elle remontait le fil d'une mémoire collective et intime à partir de la rencontre à Batoumi le dernier été de ses 15 ans de ce jeune garçon qui habitera à jamais son cœur. S'ensuivent le déracinement de sa terre natale à cause des Bolcheviques, la traversée de la mer Noire vers l'Europe puis l'arrivée à Paris, la difficile intégration, le mariage, les deuils et les amitiés qui jalonnent une existence, l'arrivée des enfants puis des petits-enfants sans que jamais le souvenir de Tamaz entrevu à de trop rares retrouvailles n'arrivent à rompre, soixante-quinze ans plus tard, leur serment d'amour : répondra-t-il présent au soir de sa vie ?

Dans Les Séparées, l'ellipse de trente années entre les deux premiers chapitres permet de mesurer le basculement entre l'amitié fusionnelle partagée par deux amies d'enfance, Alice et Cécile, et leur rupture brutale. Là encore, l'Histoire tient une place toute particulière puisque l'auteur a décidé de placer le parcours de ses personnages entre deux dates clés symboliques d'une génération (partagée en partie par Kéthévane Davrichewy née en 1965) : 21 mai 1981 - 21 mai 2011. Si l'acmé de leur  relation correspond à l'euphorie accompagnant l'élection de François Mitterrand, la commémoration de ce trentième anniversaire se confond avec le deuil des idéaux et de leur adolescence. Leurs voix en alternance retracent le chemin de leur vie, permettent de franchir le mur de l'incommunicabilité pour renouer le lien et redonner sens à leur histoire : d'un côté Alice se remémore (à la manière de Tamouna) trois décennies d'une vie au gré de sa lecture d'un magazine qui revient sur les années Mitterrand, de l'autre Cécile dans le coma à la suite d'un "accident" adresse des lettres imaginaires à Alice qu'elle espère voir à son chevet. L'attente est là encore un des ressorts dramatiques de cette valse à deux temps, entre passé et présent, entre un âge d'or et l'amère désillusion qui paraît inéluctable. "Les gens sont-ils  plus présents une fois partis ? [...] elle songe aux absents, elle mesure leur présence dans son existence" et "Les disparus surgissent quand on ne les attend pas et ne répondent pas quand on les espère", semblent nous suggérer en commun les voix qui peuplent ces romans.

Kéthévane Davrichewy réussit à l'aide d'une écriture épurée (sans grandiloquence ni pathos, deux écueils majeurs quand on parle de "grands sentiments") à faire ressentir avec une grande émotion le temps qui passe, qui plus est en cultivant l'art de la brièveté (ses romans ne dépassent pas les 200 pages et ses phrases sont souvent minimales). Peut-on encore espérer que se rejoignent de nouveau ces destins qui ont été un jour si unis, puis brisées ? Gageons que Kéthévane Davrichewy réponde mercredi prochain (à 18h au 91, rue Porte-Dijeaux) aux multiples échos qu'elle tisse entre ces histoires d'amour et d'amitié qui soulèvent avec une même force bouleversante.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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