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L'acide Limonov

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Une actualité de David V.
Publié le 19/03/2016

LimonovSi vous cherchez chez votre libraire des exemplaires de textes d'Edouard Limonov, vous risquez faire chou blanc ou presque et pour quelques jours encore vous l'étonnerez car malgré une belle bibliographie l'auteur russe a déserté les rayonnages. Il y a quelques mois on l'aurait politiquement et correctement expliqué en avançant l'impitoyable argument que la destinée de cet immigré russe qui passa une décennie en France où son dandysme musclé fit forte impression l'a conduit sur des terres infréquentables qui lui ont valu la prison (ce qu'il a d'ailleurs raconté dans Mes prisons paru il y a deux ans chez Actes Sud), son national-bolchévisme suscitant au mieux un étonnement teinté de scepticisme, au pire une condamnation de nos bien-pensants dont on sait qu'ils ne manquent pas dans notre République des Lettres où l'anathème passe pour une nouvelle forme d'intelligence. Mais voilà, Emmanuel Carrère dont personne ne mettrait en doute la finesse ni la mesure, consacre son prochain livre à cette figure à laquelle il donne d'ailleurs son titre, cinglant, inquiétant. Et cela va en obliger quelques uns à nuancer leurs avis car la lecture de cet opus, empli d'incertitudes et de repentirs, ne permet pas cette position confortable de la condamnation. Limonov n'est pas vraiment une biographie, est-ce une enquête ? Limonov n'est pas un roman, son héros donne pourtant l'impression que sa vie en est un. Limonov n'est pas un document et pourtant la vérité et ses ombres y rôdent : Carrère a passé des années à enquêter sur cet inquiétant bonhomme, il a un temps renoncé face aux provocations extrêmistes de ce dandy écrivain rêvant d'aventure et tenté par la politique comme s'il s'agissait du dernier espace pour un condottiere  qui ne trouve pas de territoires à sa hauteur. Mais le personnage est fascinant, son parcours fait de chutes et de remontées, de besoin d'exister et de tentation de disparaître, et ce qu'en raconte Carrère dont on connaît le fort tropisme russe laisse pantois. Il est certain que nous reparlerons de ce livre inclassable, surtout lorsque l'auteur viendra nous rendre visite en octobre, mais pour l'heure, alors que nous sortons à peine de sa lecture, nous reste ce mélange de stupéfaction et de fascination pour le récit d'une telle aventure, en même temps qu'une véritable admiration pour le talent d'Emmanuel Carrère qui réussit à nous tenir dans les filets de son histoire sans jamais sortir les grandes orgues (de Staline ou d'autres...). A suivre donc...

 

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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