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L'Alpha de Roméo sans Juliette

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Une actualité de David V.
Publié le 21/09/2013
Alfa Roméo Giulietta Spider

Après Palermo en solo, Philippe Fusaro nous offre l'Italia en duo. Trois ans ont passé depuis la sortie du dernier roman de l'auteur lyonnais de Lorraine, trois ans durant lesquels Palermo solo a fréquenté assidument nos tables où il s'est taillé un vif puis long succès. C'est dire notre plaisir de le retrouver à la rentrée avec L'Italie si j'y suis dans lequel il franchit de nouveau la frontière vers son territoire d'élection, cette péninsule qu'il connaît à la perfection, routes et autoroutes, chemins et sentiers de traverse. Il faut du souffle pour suivre les personnages de Fusaro : cinquante ans à suivre son baron réfugié dans un grand hôtel qu'il ne quitte jamais, et ici des milliers de kilomètres dans l'Alfa Roméo Giulietta Spider de Sandro qui a hérité du prénom d'un grand poète malheureux, Sandro Penna, et va vivre infortunes et joies de l'errance parce que l'amour s'est enfui et qu'un matin ne restait plus que cette issue, la fuite, avec son cosmonaute de fils, les pieds dans les bottes trop grandes de Bryan Ferry. Pétrifié par la violence du départ de sa femme qui ne supporte plus la fiction du couple et préfère envoyer par la fenêtre les morceaux de la vie de son homme que de les voir se recouvrir de la poussière de l'ennui, mais porté par des musiques qui lui murmurent que partir c'est donner sa chance au futur, Sandro franchit la frontière et emprunte des routes sans plan et sans la fièvre d'arriver où que ce soit. Marino son coeur, l'enfant "gagariné" qui le sauve du naufrage parce qu'il pose les vraies questions sur cette rupture, évolue dans sa combinaison de l'espace, comme si l'atmosphère et la pesanteur lui étaient difficiles à supporter. A côté de lui son père doit se tenir et ne pas trop divaguer, surtout quand la bouteille s'est fait trop pressante. Il est sa bouée, sa mélodie d'un bonheur ancien, son élan, sa boussole dirigée vers le sud. Sandro tourne et vire sur les routes, à travers les villes à peine entrevues, et l'on attend avec lui le tremblement qui le rétablira, le virage qui le remettra droit, le frisson qui réveillera le volcan endormi. Si je vous dis que le fantôme d'Ingrid Bergman n'est pas loin, que sous la douleur se cache une joie, j'en dirais déjà trop et il ne faut pas trop en dire pour garder intact le plaisir de suivre la voix de Philippe Fusaro, fidèle à la musique d'un auteur qui écrit comme on chante, par courtes périodes, comme on voyage, par rebonds et échos. L'Italie si j'y suis n'a que peu à voir avec ces balades sentimentales comme les crooners italiens savent en inventer, c'est un roman qui tient sa route, qui sinue en nous et nous étreint avec douceur. Est-ce cela qu'on appelle le charme ?

L'Italie si j'y suis, Philippe Fusaro, La Fosse aux ours, sortie le 26 août

Philippe Fusaro  (copyright S.André)

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