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L'Antarctique

2016_l-antarctique
Une actualité de Fleur Aldebert
Publié le 21/09/2013

Claire KeeganLors de sa conférence donnée la semaine dernière dans nos salons, Hervé Hamon (cf. notre blog) est revenu sur l'une des tendances les plus ancrées chez les lecteurs français, à savoir que ceux-ci ne lisent pas de nouvelles, ou peu. Si vous sentez sourdre en vous un sentiment d'injustice à la lecture d'une telle affirmation que vous jugerez peut-être péremptoire, c'est sans doute parce que vous faîtes partie de cette minorité d'initiés, au même titre que certains de vos libraires. Pour autant, grâce aux paris multipliés des éditeurs de littérature étrangère et au courage d'une poignée d'écrivains français en constante augmentation, les happy few adeptes de ce genre si tristement délaissé ont toujours quelque pépite à se mettre sous la dent. Tel est par exemple le cas de L'Antarctique, premier recueil d'une jeune auteur irlandaise - sa jeunesse est ici à comprendre dans tous les sens du terme : elle est née en 1968 et n'a, à ce jour, que deux publications à son actifs. Originaire du sud-est du pays, où elle réside actuellement après avoir étudié en Louisiane et au Pays de Galles, Claire Keegan est le nom d'une voix bien distincte et digne d'attention parmi les nouveaux ambassadeurs des Lettres irlandaises. Traduite dans une dizaine de langues, primée par un certain nombre de récompenses littéraires, régulièrement en tête des meilleures ventes, et repérée par des grandes plumes dont sa compatriote Nuala O'Faolain et l'Américain Richard Ford, elle décrit avec force délicatesse et sensibilité des scènes de la vie quotidienne qui respirent la lassitude. Et c'est habitée par un grand souci du détail, influencée par des auteurs dans la veine de Flannery O'Connor et Alice Munro, qu'elle s'amuse à varier ses personnages (1), leurs cadres de vie (2) et à jouer sur les différents modes d'énonciation, car c'est aussi là que réside l'intérêt de la nouvelle, n'est-ce pas ?

N'en déplaise aux géographes, L'Antarctique aura mis onze ans à arriver en France. Comme pour le Danois Erling Jepsen, (encore une fois, cf. notre blog à ce sujet)  publié par la même maison (éditions Sabine Wespieser), espérons que le reste suivra rapidement, d'autant que pour l'instant, il ne s'agit que d'un autre recueil paru en 2009 (Walk The Blue Fields). Dans cette attente, les plus anglophones d'entre vous pourront d'ores et déjà lire sa nouvelle intitulée Foster. Merci au New Yorker !


(1) Ce sont en revanche systématiquement des femmes qu'elles dépeint : des épouses, des mères, des femmes, des petites filles, chacune prise dans l'engrenage d'un quotidien sans saveur dont il lui est difficile de s'évader.

(2) En dépit de quelque incartade aux Etats-Unis, l'Irlande rurale reste omniprésente dans ces textes.

F.A.

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