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L'étang - Claire-Louise Bennett - Editions de L'Olivier

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Une actualité de Marie-Aurélie
Publié le 17/01/2018
Un premier roman marqué par la beauté et l'étrangeté d'une narratrice mystérieuse et de son quotidien dans un cottage perdu près d'un étang. Rencontrez Claire-Louise Bennett avec Julie Marx et Olivier Cohen pour une rencontre exceptionnelle, samedi 20 janvier à partir de 19H à la Station Ausone.
La rentrée de janvier a ceci de magique que vous pouvez découvrir des textes peu ordinaires, eux-mêmes touchés par la grâce et l'originalité.

Claire-Louise Bennett, jeune auteur anglaise signe avec L'étang un roman suspendu dans le temps, pris entre l'évidente descendance de Virginia Woolf et d'Emily Dickinson et la fabuleuse modernité de sa narratrice. Narratrice dont on saura fort peu de choses en ayant refermé le livre mais dont on gardera longtemps le souvenir.

La jeune femme semble avoir quitté la ville pour un charmant quoique petit cottage anglais (irlandais si l'on suit les peu nombreux indices semés par l'auteur). Son quotidien est fait de petites choses, de toutes petites choses ; l'infime des tâches du quotdien : l'entretien de la maison et du jardin, retaper la salle de bain, regarder la pluie tomber, repasser des chemises, se promener. Au cœur de ce merveilleux nulle part, la nature semble prendre une forme toute particulière qui ne cesse de questionner et d'émouvoir la jeune femme.

Cette si belle solitude qui semble offrir à la narratrice un recueillement salvateur face aux quelques bribes de sa vie d'avant qui surgissent parfois encore sous la forme d'un thèse abandonnée, d'amants passagers et d'amis tout aussi magnifiquement paumés qu'elle.

Avec Claire-Louise Bennett, la marginalité sociale et affective qui caractérise son héroïne se teinte de poésie et d'humour. Sous cette légèreté apparente Bennett questionne le sentiment amoureux, le rapport à l'autre, la littérature et le langage et les lie de la manière la plus intelligente qui soit.

Des hommes qui traversent ou ont traversé sa vie, on ne sait rien. Reste l'après et l'impression fugitive, matérielle ou immatérielle, qu'ils ont laissé. Par l'intermédiaire de sa narratrice Bennett fait peu cas d'un romantisme forcené lui préférant un détachement et un humour délicats :

« Ça avait quelque chose avec l'amour. Avec l'essentiel brutalité de l'amour. Avec ces âmes adventices qui recherchent délibérément l'amour en tant qu'agent idéal d'auto-immolation totale. Oui, c'est ça. J'essayais de montrer que dans toute l'histoire de la littérature l'amour est décrit assez systématiquement comme une expérience dévorante de souffrance extatique qui en fin de compte, magnanimement, nous anéantit et nous livre à l'oubli. Démembrés et congédiés. Quelque chose comme ça. Quelque chose de ce genre. Je suis folle de toi. Je perds la raison. Mon âme brûle pour toi. Je suis en feu. Il n'y a plus rien désormais à part toi. Foutue, complètement foutue. Ce genre de choses. Je ne crois pas que ce soit très bien passé. »

« [...] j'ai peu d'enthousiasme pour le sexe opposé, excepté quand je suis soûle. Il devint vite évident que cette pensée particulière ne constituait pas simplement un guilleret et fugace épisode d'autodénigrement et à mesure qu'elle gagnait en fermeté dans mon esprit je me sentis de plus en plus incrédule et un peu agacée q'une information si péremptoire puisse avoir été tenue à distance pendant si longtemps, étant donné que ce sur quoi elle était fondée, me semblait-il, ne se limitait pas à des accidents de parcours, mais embrassait plus ou moins la totalité de ma carrière romantique. En même temps il me fallait admettre que jusqu'à récemment j'avais passé une bonne partie de mon temps à peu près soûle. »

Sa place d'écrivain elle l'interroge aussi entre l'écrit et l'exprimé, soignant un style aux frontières de la prose poétique.

« L'anglais, à proprement parler, n'est pas ma première langue soit dit en passant. Je n'ai pas encore découvert quelle est ma première langue donc pour le moment j'utilise des mots d'anglais afin de dire les choses. Il est probable que j'aie toujours à le faire de cette manière ; malheureusement je ne pense pas du tout que ma première langue puisse être écrite. Je ne suis pas sûre qu'elle puisse être extériorisée vous comprenez. Je pense qu'elle doit rester là où elle est, à couver dans l'obscurité élastiques de mes organes vacillants. »

L'étang est un texte magnétique dont la fascination s'exerce longtemps après sa lecture et signe la naissance d'un écrivain, à qui nous laissons le mot de la fin.

« [...] sans la frustration on n'aurait pas vraiment besoin de rêver. Et par la rêverie je retrouve mon sentiment originel des choses et m'abandonne à ces ferventes visions premières jusqu'à recouvrer entièrement mon moi sincère. Donc bien qu'il semble parfois qu'on puisse mourir de déception je dois admettre qu'en fait, à rebours de tout bon sens, ce sont précisément les choses que je n'ai pas obtenues qui me tiennent en vie. »

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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