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L'homme du Verger, Amanda Coplin

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Une actualité de Anaïs
Publié le 29/03/2016
l-homme-du-vergerChaque lecture que nous menons est à contextualiser. Comme on ne se baigne jamais deux fois dans la même rivière, on ne lit jamais deux fois le même livre, et chaque relecture est un moyen de mesurer le chemin parcouru depuis sa découverte, en d’autres mots, un outil de mesure du temps qui passe. L’article sous vos yeux n’aurait pas été le même il y a six ans ou dans six mois car un livre s’inscrit dans un moment précis de notre existence, et l’on y trouve autant ce que nous cherchons à ce moment de notre vie que l’on y découvre de nouveaux territoires. L’Homme du verger est un roman de taiseux. Les solitudes s’y bousculent dans une lumière rasante, de celles qui dorent d’un trait fin la cime des arbres en septembre. Une lumière à la fois fragile et menue mais suffisamment puissante pour y faire tenir et invoquer l’Essentiel. Avec une poésie et une douceur aussi menues et fragiles que cette lumière Amanda Coplin a crée cinq personnages habités et bouleversant, des paysages, des images comme des éclairs, des instantanés illustrant des états âmes qui ne parviennent pas -encore- à remonter à la surface de la conscience. Talmadge est un vieil homme. Depuis toujours, seul, il cultive son verger dans le Nord Ouest des Etats-Unis. Sa solitude est un choix comme l’est celui de la briser en partageant un repas frugal avec Caroline Midley, avatar féminin du vieil homme. Sa jeune soeur ayant disparu avant qu’il ne soit adulte, Talmadge porte depuis le matin de sa vie un devoir de patience qui, courage extraordinaire, s’est transformé en résignation apaisée par le polissage des ans sur cette blessure. Jusqu’au jours où deux très jeunes filles en haillons, les cheveux mêlés de terre, les traits méconnaissables sous la crasse, enceintes, l’épient depuis le fond de son verger. Della et Jane lui volent quotidiennement de la nourriture, mais Talmadge est un homme bon. Chaque jour, l’homme va déposer deux repas sur la véranda et reprendre ses travaux arboricoles. La signification de ce geste est le leitmotiv de ce magnifique roman : laisser venir l’autre sans poser de question et respecter son silence sans rien attendre en retour, accepter de ne pas savoir. Après s’être peu à peu apprivoisés, les deux soeurs et Talmadge vont cohabiter au verger, dans une paix silencieuse que le vieil homme homme va pourtant briser en pensant aider les jeunes filles. Le passé de Della et Jane va alors les rattraper et le choc du drame provoqué fera pulser ses ondes pendant des années. Qu’est-ce qu’une famille ? Que devons-nous, que pouvons-nous faire par amour ? Comment guider, aider quelqu’un d’abimé ? Premier roman magistral, L’Homme du verger révèle une grande intelligence de cœur, une rare et humble humanité.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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