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L'imminent chapitre dernier

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Une actualité de Véronique D.
Publié le 25/03/2016

« Pourquoi initier quoi que ce soit alors qu’on va mourir ? »

Question à laquelle certains répondront peut-être « pourquoi initierait-on quoi que ce soit si on ne devait jamais mourir ? ». Tout le roman de Fanny Chiarello est là, balançant au gré de ces deux phrases qui invitent à prendre position. Etes-vous de ceux qui voient le verre à moitié plein ou bien le verre à moitié vide ? Rien de moins qu'une question sur le sens de la vie en somme...

Quand le monde connu s’écroule, devient « un concept dépassé, détaché de la réalité par les ongles de l’épidémie comme une étiquette mouillée d’un bocal », quand « chaque seconde délivre un nouvel infini, plein de promesses de la tombe » et que « le temps s’étire (…) avec une lenteur de cheveu » que fait-on du temps qui reste, de ce temps qui n’avait jamais été un problème, de ce temps qui semblait éternel ?

Autour de Nora, jeune trentenaire aussi enjouée que mélancolique, le monde s’effrite puis s’écroule : la planète tout entière est en proie à une pandémie de variole qu’aucun traitement ne peut éradiquer. Abandonnée par celle qu’elle aimait, réfugiée dans une vaste maison désormais partagée avec ses trois meilleurs amis, Nora assiste impuissante au dernier chapitre de l’histoire du monde, fascinée, révoltée, accablée. Un seul moyen pour elle de résister : « vivre délibérément à côté du réel », croire en ses propres histoires, fictions confiées à des carnets comme autant de bouées de sauvetage, de lumières dans la nuit .

C’est avec une certaine gourmandise curieuse que Nora et ses amis assistent à ces « dernières variations de la lumière avant l’extinction des cœurs », héros involontaires d’un film à grand spectacle dont le titre serait « le déclin de l’espèce humaine ». Fascinés et curieux aussi parce qu’ils ne sont pas directement touchés par la maladie, comme protégés dans ce salon où ils s'endorment les uns près des autres à coups d' apéros géants devant les informations qui ont depuis longtemps cessé de vouloir faire croire à un quelconque espoir.

Malgré cela, croyez-moi si vous voulez, le roman  de Fanny Chiarello a un charme fou, porté par une écriture inventive, poétique, où les métaphores éclatent comme des petites effervescences joyeuses. Réflexion –non dénuée d’ironie- sur les pouvoirs de la fiction comme seul recours face à un monde finalement très décevant, L’éternité n’est pas si longue est loin des romans apocalyptiques avec leur lot de pilleurs sans scrupules qui luttent pour la dernière denrée comestible mais interroge avec pertinence et finesse notre rapport au temps, lequel, je vous le rappelle, n’est pas éternel…

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?