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La course folle

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Une actualité de Véronique D.
Publié le 10/05/2016
Premier roman de Catherine Poulain, Le grand marin est un magnifique roman d'apprentissage et d'aventures, porté par une langue authentique et belle.

Il faudrait toujours être en route pour l'Alaska. Mais y arriver à quoi bon. J'ai fait mon sac. C'est la nuit.

Dès les courtes premières phrases du Grand marin l'urgence est là. La nécessité aussi, "comme un désir obscur". Lili part et c'est une pulsion qui l'anime comme on agit pour sauver sa peau ou trouver pourquoi l'on vit. De "Manosque-les-couteaux-" à Anchorage, c'est comme si Lili chaussait des bottes de 7 lieues qui l'emporteraient au plus près de cette dernière frontière, au bout du monde où vivre enfin. Sur le port, des gueules, des carrures larges, des visages tannés par trop de soleil et de sel passent devant les yeux de ce petit bout de femme au bord des larmes. Elle est au cœur de l'aventure, bien décidée à y prendre part... Dans ce monde d'hommes que l'on découvre plus fragiles qu'au premier abord tant ils cachent bien comment la vie a pu les abîmer, le "moineau" fait sa place et sa part : comme les autres elle obtient le droit de tenir son quart et même si elle n'est qu'une green (une bleue, une débutante), elle gagne le respect de ses compagnons de pêche. Pêche à la morue noire, pêche au flétan, un métier harassant, fait dans l'urgence, le danger, la violence. Lili comme les autres pêche, tue, éviscère, gobe la laitance à même le ventre des poissons tout juste pêchés, serre les dents sous la douleur infligée par un travail qui la sculpte, l'endurcit, la transforme. Que vient-on chercher à se frotter à ce qu'il y a de plus dur ? De quelle blessure vient cette nécessité de se confronter à  violence, de se mettre en danger, se surpasser indéfiniment ? De quel besoin naît ce désir de s'"épuiser encore et encore (...) comme une corde tendue, oui, et qui n'a pas le droit de se détendre, tendue au risque de se briser "? De quelle crainte ? Lili cherche ses réponses auprès du "grand marin", personnage de blessé magnifique et secret, fragile et indestructible... Pas besoin d'avoir le pied marin pour lire Catherine Poulain. Il souffle entre ces pages  un vent de liberté qui honore les plus grands noms de la littérature d'aventure : l'écriture est âpre, faite de tension et de rares respirations plus longues. Outre le vent du large c'est la sincérité, la générosité et l'authenticité qui frappent et touchent au cœur. Comme le geste des marins à l'ouvrage, la phrase est précise et juste, pulse une énergie qui jamais ne s'épuise. Un monde s'ouvre à nous, celui de la dernière frontière, où la vie est plus forte, où la course ne s'arrête jamais et quand la dernière page se tourne, c'est du sel que nous avons au bout des doigts.

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Libraire, lectrice, mais pas liseuse. @MarilynAnquetil

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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Une libraire qui aime les chats (surtout le sien !), vénère Proust, et est capable dans un grand éclectisme de se régaler avec un essai critique pointu, un recueil de poésie ou un bon polar !