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"La fiction éclaire comme une torche"

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Une actualité de Emilie
Publié le 25/03/2016

"A cinquante-deux ans, l'ancien gamin Roman Fritzl était le dernier survivant du petit peuple de la cave."

C'est sur cette sentence lapidaire que s'ouvre Claustria, roman qui vient de paraître en poche dans la collection Points et qui évoque la sordide affaire "Fritzl": la séquestration d'une jeune autrichienne par son père dans la cave de la maison familiale pendant 24 ans, années au cours desquelles elle a donné naissance à 7 enfants et les a élevés dans des conditions plus que précaires.

Et c'est avec une telle phrase que son auteur, Régis Jauffret, parvient d'emblée à s'emparer complètement du fait-divers, à l'inscrire dans une temporalité fictionnelle  et à en faire une grande oeuvre littéraire. Car si l'écrivain a passé beaucoup de temps en Autriche pour enquêter sur cette affaire, il a souhaité aussi clairement revendiquer l'appartenance au genre romanesque de ce texte: "Ce livre n'est autre qu'un roman, fruit de la création de son auteur", peut on lire en avertissement au début de l'ouvrage. Tout au long de ces 545 pages, Régis Jauffret nous entraîne avec lui dans une spirale étonnante qui mêle reconstitution des faits, interrogation sur la violence et sur l'horreur, réflexion philosophique -car le fait-divers n'est pas sans faire échos à l'allégorie de la caverne de Platon-, et enfin procès d'une nation toute entière, l'Autriche. Les lecteurs seront prévenu, la  plongée dans Claustria est une épreuve dont on ne sort pas indemne, que ce soit sur le plan émotionnel comme sur le plan intellectuel, mais c'est une épreuve qui nous transforme, qui nous transfigure et nous amène à considérer l'Histoire et le réel autrement, avec un oeil nouveau.

Ce n'est pas la première fois que Régis Jauffret s'inspire d'un fait réel pour écrire un livre:  Sévère, son précédent ouvrage paru en 2010 -et qui vient d'ailleurs d'être porté à l'écran par Hélène Fillières sous le titre d'Une histoire d'amour-, faisait référence à "l'affaire Stern", l'assassinat d'un riche banquier par sa maîtresse. "La fiction éclaire comme une torche" pouvait on lire dans le préambule de cet ouvrage. Avec Claustria, Régis Jauffret poursuit sa quête sur la réalité et la littérature et nous livre un roman choc immense, dont on ne saurait que trop vous recommander la lecture.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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