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La Foire aux snobs

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Une actualité de David V.
Publié le 09/05/2013

thackeray.jpegLe snob n'a pas déserté nos salons, il n'est pas en voie de disparition, il est peut-être moins facilement reconnaissable mais à l'oreille on le reconnaît indiscutablement, la musique qu'il tire de son petit pipeau et qu'il prend souvent pour un orchestre symphonique se distinguant de tous les bruits dont sont capables les autres. C'est dire si la réédition du Livre des snobs de William Makepeace Thackeray ne passe pas pour superflue et si cette caste-là n'a pas fini de briller au firmament de la sottise. Beaucoup moins lu en France que Dickens dont il est le contemporain (mais il meurt plutôt jeune en 1863), on ne retient souvent de lui que l'imposante Foire aux vanités (Vanity Fair) ou, merci Stanley Kubrick, les Mémoires de Barry Lyndon. Avec les Snobs, W.M.Thackeray fait montre d'un brio, d'une drôlerie dont on connaît peu d'équivalent : son art du portrait vient se glisser dans des catégories  qui veulent nous faire croire que, comme les animaux du zoo, ces gens-là peuvent se distinguer par groupes : les universitaires, les militaires, les ecclésiastiques, les littéraires, les provinciaux, les politiques, etc...sans oublier biens sûr, princiers, les snobs des clubs. La vivacité  de cette galerie provient sans doute beaucoup de son origine puisque tous furent pré-publiés dans la fameuse et intransigeante revue Punch, lieu d'expression grinçant de tous les rejets puissants au sein d'une société en pleine mutation (l'ère du chemin de fer est en train de bouleverser tout le pays, les villes s'étirent). Comme chez d'autres grands noms de la littérature anglaise, la volonté réelle de dénoncer les abus, de faire fi de cette langue de bois qui a solidifié les plus beaux esprits, de dépeindre une hypocrisie envahissante préside au projet de W.M.T. Mais si tout ici respire l'Angleterre, l'importance de nos éclats de rire rappelle l'universalité de cette acuité. On saluera avec ferveur cette nouvelle édition, pour la toute première fois complète et précédée d'une préface d'Anthony Trollope et d'une riche introduction, d'un ouvrage aussi capital  et aussi réjouissant. Ce n'est que justice de se payer, un peu, la tête de cette caste qui semble vouée à l'éternité. L'orange puissant de la couverture de ce livre d'Anatolia se signalera aisément aux curieux sur les tables des libraires.

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