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La haine de la littérature !

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Une actualité de Véronique M.
Publié le 15/03/2016

la haine de la littératureAprès avoir étudié la perte d'influence dont souffre la littérature depuis le XVIIIème siècle¹ en repérant ses ennemis intérieurs, William Marx se penche sur les attaques extérieures et ancestrales qui font d'elle un objet de scandale, suspecte, convoitable, donc éminemment vivante. C'est ce paradoxe qu'il interroge dans La haine de la littérature (paru chez Minuit dans la collection "Paradoxe" comme les livres de son confrère Pierre Bayard) et sur lequel l'auteur répondra mardi 19 janvier prochain en présentant dans nos murs ce nouvel essai.

Professeur à l'université Paris X, William Marx ne joue pas le maître moralisateur et pessimiste en prononçant un éloge funèbre de la littérature : nul désenchantement ou chant de Cassandre déplorant un âge d'or de cette parole bénie des dieux et des muses dans la lointaine Grèce mythique (Homère, Hésiode). Il nous enseigne en revanche que l'antilittérature est consubstantielle à l' histoire officielle de la littérature, aussi anciennes l'une que l'autre.

William Marx dégage quatre procès intentés au discours littéraire : à côté de sa rivale la philosophie (pourvoyeuse de vérité) on l'accuse de mensonges et d'immoralité, voire pire : "l'amour de la sagesse se paie de la haine de la poésie". C'est à partir de Héraclite, Xénophane de Colophon (pourtant poète lui-même) et surtout de Platon dans La République que le "lettré" ² apparaît comme un ennemi à bannir de la cité, dangereux pour le pouvoir en place. Plus tard, ce sera la science qui discréditera et détrônera en partie la littérature jusqu'à la moitié du XXème siècle et les lectrices en seront les principales victimes, et avec elles une certaine idée d'amollissement des esprits voire de perversion des mœurs, en témoignent les procès (réels) qu'eurent à affronter Baudelaire ou encore Flaubert...

Après l'autorité, la vérité et la moralité, le dernier procès intenté à cette accusée plane encore dans nos esprits : en témoigne la fameuse diatribe présidentielle en 2006 sur La Princesse de Clèves  devenue le symbole d'une résistance en même temps que le symptôme d'une société qui se méfie encore et toujours du pouvoir subversif de la littérature pour des citoyens qui n'en auraient nulle utilité, a fortiori prétendants à la fonction publique d'état.

Définir la "littérature" (à défaut d'un autre terme) est un sujet inépuisable, voire impossible, semble admettre William Marx, mais n'est-ce pas cette indétermination et cette illégitimité qui en fait l'irréductible beauté, rempart contre la haine ? C'est à sa passionnante et ignorée face cachée à laquelle nous invite William Marx le mardi 19 janvier prochain au 91 rue Porte-Dijeaux.


¹ L'adieu à la littérature, histoire d'une dévalorisation XVIIIe-XXe siècle (Minuit, 2005) ² William Marx, Vie du lettré (Minuit, 2009)

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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