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La jeune fille, le violon et la mort

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Une actualité de Véronique D.
Publié le 25/03/2016

Qui n'a pas un jour accusé le hasard d'avoir infléchi malencontreusement la trajectoire d'une vie qui semblait échapper à tout imprévu ? Qui ne s'est pas interrogé sur ce qu'il serait advenu si un tout petit évènement, une rencontre insolite n'étaient pas venus semer le trouble et le désordre et mettre un terme à ce qui semblait si paisible ? Qui ne s'est pas interrogé face à ce sentiment parfois inquiétant que la personne qui vous est le plus chère vous est soudainement totalement étrangère ? Enfin, n'avez-vous jamais vous-même eu ce sentiment d'étrangeté soudain lancinant et vertigineux : celui de ne plus trop savoir qui vous êtes ? Est-on soit ou simplement celui que l'autre attend que l'on soit ?

Pascal Mercier offre avec Léa, palpitante variation autour de la relation entre un père et sa fille, quelques tentatives de réponse à ces questions qui, toutes aussi banales qu'elles soient, n'en pointent pas moins la fragilité qui menace les châteaux de cartes de nos existences. Tout commence en Provence, où le hasard met en présence deux citoyens Suisses, tous deux résidents à Berne. Après avoir échangé quelques mots, leur étrangeté au lieu leur octroie une complicité qui fait de l'un le confident de l'autre et alors qu'ils décident de faire ensemble le voyage de retour vers Berne, Martijn Van Vliet, scientifique de renom, va évoquer au fil des heures  sa fille Léa, avec laquelle il a entretenu une relation fusionnelle. Le hasard intervient dans leurs vies alors que la petite fille de huit ans, comme absente au monde depuis la mort récente de sa mère, sort de sa torpeur grâce à l'écoute fortuite, dans le métro, d'une violoniste qui joue un concerto pour violon de Bach. Léa se jette passionnément dans l'étude de cet instrument et nul ne doute que l'issue sera fatale...

Léa est le récit d'une déchirure, d'une profonde blessure, née de questions sans réponses, de choses tues aussi par pudeur ou maladroite tentative de protéger l'autre. La relation dévastatrice qui unie le père et la fille sonne comme l'écho douloureux au sentiment d'échec vécu par Adrian, le confident  qui se fait réceptacle de cette relation hors norme alors que lui-même a si peu de complicité avec sa propre fille. Leurs deux histoires se tissent, fragiles, s'appuyant un moment l'une sur l'autre. L'issue ne peut être que fatale, les cartes s'effondrent, ne reste que le pouvoir des mots donné à Adrian pour supporter le poids du malheur qui lui a été donné d'entendre.

Il y a dans Léa une fièvre, une panique aussi avec ce leitmotiv non pas en forme de question mais en forme de révolte et de colère due à l'incapacité d'envisager une réponse satisfaisante : "Nous ne savons rien de ces choses ! Rien !" Comme si derrière les masques de ceux qui font semblant de savoir, de comprendre, il n'y avait qu'un grand vide, une immense solitude...

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Libraire, lectrice, mais pas liseuse. @MarilynAnquetil

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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