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La Montagne Morte enfin ressuscitée

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Une actualité de David V.
Publié le 15/03/2016

M.Bernanos La Montagne morte de la vieNous faisions preuve de patience car depuis quelque temps la nouvelle circulait comme nous l'avions signalé en passant au moment d'évoquer la renaissance au Castor bordelais et astral du Grand Georges, La Montagne Morte de la vie de son fils Michel allait connaître une nouvelle éruption grâce à la très bonne idée de celle qui préside désormais aux destinées de La Table Ronde, Alice Déon, soucieuse de relancer la collection Petite Vermillon qui possède des trésors pas toujours aussi visibles en librairies qu'ils le mériteraient. Le voilà donc ce chef-d'oeuvre méconnu désormais signé Michel Bernanos (il publia tous ses livres sous pseudonyme : difficile d'être fils d'écrivain célèbre) qui a marqué ses lecteurs, ce roman d'aventure qui pourrait passer pour métaphysique (et tant pis si ce mot est mis à toutes les sauces) mais avant tout visionnaire au premier sens du terme, cette épopée insulaire fantastique aussi brève que puissante (moins de 150 pages) qui transcende les genres et nous oblige à nous demander si notre façon de découper la littérature en tranches (fantastique, science fiction, imaginaire suspectés souvent d'être à part ou de ressortir au "mineur") n'est pas une ineptie.

Débutant comme un roman maritime avec scène d'exposition à la Stevenson sur un gallion perdu, prolongé par le drame météorologique qui vient nettoyer la vermine morale de protagonistes dévorés par leurs démons, La montagne morte se transforme en récit de naufragés abandonnés dans un enfer qu'ils ne peuvent quitter, duo du jeune matelot innocent et du vieux sans illusion condamnés pour fuir à gravir cette montagne au centre qui les domine et les appelle. Inutile de penser que ce lapidaire résumé peut témoigner de la richesse poétique de ce roman initiatique, car comme le souligne Stéphane Audeguy dans sa très fine préface inédite, Michel Bernanos rêvait de "servir la poésie" qui parcourt son oeuvre brève et intense. Nulle volonté a priori d'élaborer une allégorie (on n'est pas dans Le Mont Analogue de René Daumal), de nous laisser entrevoir un sens caché : non, la beauté d'une énigme qui s'impose et nous remue par ses images, la terrible beauté sans explication d'un écrivain qui compose comme l'on peint. On lira avec plaisir la postface de son ami Dominique de Roux, autre écorché magnifique qui ne choisit pas comme Michel Bernanos le suicide mais la fuite en avant politique, et qui nous le raconte à sa façon, poétique et emporté, avec le soin de prolonger le mystère sans l'éclairer.

Bref, une bien belle nouvelle pour amateurs de Littérature.

 

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