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La nostalgie, camarade...

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Une actualité de Olivier
Publié le 15/03/2016

Patick Manchette © Jacques RobertAu moment où parait le Journal (des extraits, devrait-on dire, les vivants n'aiment pas se faire écorcher par les morts(1)) de Manchette (éditions Gallimard), étincelant de mauvaise humeur, de mauvaise foi jubilatoire et parfait reflet de son époque (il couvre la période 1966 - 1974), Frédéric H. Fajardie nous quitte. Partir le jour de la Fête du Travail, vu son engagement résolument ancré très à gauche, ressemble trop à un pied-de-nez pour ne pas se souvenir que les rapides romans de Fajardie étaient empreints d'un humour à la fois burlesque et désespéré, dont les meilleurs exemples sont sûrement La Nuit des Chats Bottés, La Théorie du 1% ou encore Tueur de flics(2).

Associer ces deux auteurs dans un blog (de libraire, de surcroit !) alors que tout les opposait (une saine rivalité, hum ! (3)) permet sûrement de mieux mettre en exergue les qualités de chacun (et, il va de soi, leurs très rares défauts). Pour rappeler les faits, l'un précède l'autre de quelques années dans la chronologie de publication, Manchette entrant à la Série Noire (publié dès 1971, Laissez bronzer les cadavres, avec Bastid) après un certain nombre de travaux alimentaires, tant pour le cinéma que pour la télévision ou l'écriture, alors que Mai 1968 sert de tremplin à l'autre, Fajardie étant publié une dizaine d'années après les "événements", se considérant lui-même comme un "militant-écrivain".

Alors ? L'un grand frère de l'autre ? D'une certaine manière, si l'on oublie leur conception diamétralement opposée de la politique et de la littérature... Tandis que l'un continue son oeuvre de manière quasi graphomane, l'autre s'enferme dans le silence (Manchette ne publie plus entre 1981 et 1995, et La Princesse du sang, inachevé, paraîtra de manière posthume).

Alors ? Au moment ou paraît le Journal de Manchette, (re)lire sans modération l'oeuvre (Romans Noirs, Quarto/Gallimard) de celui-ci s'impose... Et continuer avec Fajardie (au moins le commissaire Padovani ! ) semble couler de source... En ces temps de célébration de mai 68, replonger dans le polar des années 70 et ses ultimes soubresauts du début des années 80, soit Jean Vautrin, A.D.G., Jean Amila, les premiers Jonquet (Mygale, Du passé faisons table rase), Jean-François Vilar (le sublime C'est toujours les autres qui meurent), le bizarre et prolifique Pierre Siniac (que penser de Femmes Blafardes ? ), voire José Giovanni ou Raf Vallet... La fort défunte collection Engrenage, dirigée par Alex Varoux, tient aussi de ce mouvement-là...

Alors ? Justement, souvent injustement mis en parallèle, pour se convaincre de leur différence, il suffit de relire le premier chapitre de La

Position du tireur couché et d'enchaîner avec le premier chapitre de La Nuit des chat bottés, c'est assez saisissant (l'inverse fonctionne aussi ! ).

Mince... Je n'ai pas écrit une seule fois le mot néo-polar... C'est chose faite.

Frédéric Fajardie

(1) Cette édition présente en fait un dixième du Journal complet, à la fois pour des raisons techniques et juridiques

(2) tous ces titres sont présents dans le volume Romans Noirs, Fayard

(3) voir la lettre de Fajardie (Pour défendre Manchette), et la réponse, cinglante, de celui-ci dans ses Chroniques (Rivages/noir)

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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