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La tangente de Maylis

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Une actualité de Fleur Aldebert
Publié le 29/05/2013

Ce n'est pas parce que le Salon du Livre de Paris sera cette année consacré au Japon que l'on doit en oublier les autres pays. Et il faut dire qu'entre Cédric Gras, Emmanuel Carrère, Sylvain Tesson, Danièle Sallenave, Dominique Fernandez et Maylis de Kerangal, s'il y a bien un pays qui n'est pas en reste ces derniers mois, c'est la Russie ! Les éditeurs de ce petit club d'écrivains français se seraient-ils donné le mot en choisissant de publier, les uns après les autres, ces manifestations de tropisme russe, ou est-ce simplement le fruit d'une étrange coïncidence ?

Pour sa part, Maylis de Kerangal ne cesse décidément de nous étonner. Après Corniche Kennedy (cf. notre blog) et Naissance d'un pont (idem), pour lequel elle s'était vu décerner le Prix Médicis en 2010, cette jeune auteur nous embarque cette année à bord du Transsibérien aux côtés d'un duo des plus improbables. Le premier s'appelle Aliocha. Dans ce pays où tout est histoire de pots-de-vins et de petits arrangements, ce jeune conscrit désargenté n'a trouvé aucun moyen d'échapper au service militaire obligatoire. Hélène, quant à elle, est une jeune Française qui a déserté un petit ami russe qu'elle avait pourtant suivi depuis Paris. Si la communication est difficile entre ces deux inconnus que tout semble séparer, ils partagent néanmoins la même démarche. En effet, Hélène, qui est déjà ouvertement en cavale, va se retrouver impliquée dans le désir de fuite qui obsède Aliocha.

En reprenant à son compte une contrainte narrative qui a déjà fait ses preuves sous la forme du huis clos dans un espace en mouvement perpétuel (on peut penser notamment à Zone de Mathias Enard, ou à La petite-fille de Menno de Roy Parvin), Maylis de Kerangal nous livre une novela fulgurante marquée par l'angoisse et l'urgence qui nous permet d'effleurer de loin l'immensité russe. En ce qui nous concerne, le voyage est avant tout onomastique. Michel Strogoff donne la main à Brejnev, Soljenitsyne côtoie Youri Gagarine. Et que dire du chapelet de ces villes perdues au milieu de nulle part mais pourtant toutes reliées les unes aux autres part ce train mythique ? Et du célèbre lac Baïkal ?... Cette jeune romancière que nous apprécions tant nous régale une fois de plus avec sa plume énergique et sans concession, son regard affûté qui dissèque avec beaucoup de justesse les comportements des jeunes, en insistant tout particulièrement sur la maladresse des corps et l'embarras de soi-même, et son penchant pour les clashes sociaux et les chocs culturels.

F.A.

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