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La vie du livre est un roman

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Une actualité de David V.
Publié le 17/08/2013

Le pilon

 

 

 

 

 

 

A ceux qui croiraient que le monde du livre est un univers fermé d'où est banni tout romanesque, on conseillera vivement la lecture de l'impressionnant ouvrage que vient de consacrer à trente années d'édition littéraire Olivier Bessard-Banquy, universitaire spécialisé dans ce domaine où les considérations culturelles et économiques se heurtent de plein fouet. Après quelques années dans l'édition, O.Bessard-Banquy qui est Docteur-es-Lettres, a choisi la voie de l'enseignement et de la recherche, et c'est à Bordeaux où il enseigne à l'I.U.T. qu'il dirige les "Cahiers du Livre" publiés aux P.U.B. C'est donc sous cette enseigne et en co-édition avec les singulières Editions du Lérot  (ce qui lui permet de signer un livre d'une irréprochable qualité de fabrication, et on sent en lisant le livre que cet aspect-là, bibliophilique, n'est pas à écarter dans ses tropismes) qu'il publie La vie du livre contemporain - étude sur l'édition littéraire 1975-2005 que vous ne trouverez pas, chez nous, au rayon roman (il est en Sciences Humaines avec tous les ouvrages consacrés au monde du Livre) malgré le souci littéraire qui l'anime (autant savoir écrire quand on parle de livre) et son côté roman d'aventure... Car c'est bien au récit d'une révolution que nous convie l'auteur, l'irruption dans un monde ancien de comportements nouveaux. Le règne du mercantilisme exacerbé, du fast-book vité digéré vite oublié, l'invention du marketing littéraire (quand on pense aux idées de Bernard Grasset en son temps, on est tenté de sourire face à la déferlante de nouvelles idées), les guerres de succession, la fin des dynasties (et le maintien de quelques unes...), les nouveaux medias et le règne de la télévision, tous ces ingrédient composent un cocktail aventureux où les rebondissements, les trahisons, les conspirations (le sauvetage de Gallimard par le fils cadet de Claude, Antoine), les échecs (Raphaël Sorin, mauvais joueur, a peu apprécié et l'a fait savoir dans la presse qu'on doute du réel succès de Michel Houellebecq, son "poulain", dont l'ascension est décryptée avec méticulosité en quelques pages bien informées) ne manquent pas. Si l'étude démarre en 1975 c'est qu'il s'agit de l'année de naissance d'Apostrophes, la mythique émission de Bernard Pivot, qui marque un certain âge d'or par ce lien unissant le public aux livres au moyen d'un media qui découvre sa puissance ; les supports traditionnels entament leur longue pente descendante et constatent sans réaction l'avènement du livre à consommation rapide qui devient un produit. Paul-Loup Sulitzer gagne une fortune mais, revers de la médaille, perd son crédit lorsqu'on met en lumière son nègre à l'antenne. La "blanche"résiste mais le pouvoir de Grasset s'effrite ; la figure de Jérôme Lindon (dont l'absence se fait cruellement sentir) éclaire toute l'histoire par son courage et sa détermination en une période où les libraires disparaissent tandis que la Fnac tente d'imposer sa puissance dévastatrice ; les jurys dominent mais le fumet de leurs soupes gênent de plus en plus les odorats délicats ; la politique des coups n'empêchent pas d'en recevoir, et de coûteux ; des groupes se taillent des fiefs avant d'y laisser des plumes : les anecdotes recueillies grâce à un patient travail d'interview auprès de tous les acteurs se multiplient sans que disparaisse de ce livre qu'on ne lâche guère le mouvement dessiné dès le départ, ce constat qu'un univers feutré comme le livre a subi plus de bouleversements en trois décennies qu'en plusieurs siècles. Un des grands charmes du livre est cette respiration (intermezzo alerte qui relance l'intrigue...)  qui rythme le récit et ses différents aspects. Le résultat est un panorama vivant et subtil qui a de quoi fasciner.

Bibliographie