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Le baiser de la femme araignée, une -é-toile de notre fond

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Une actualité de Anaïs
Publié le 17/11/2015
baiserLes lecteurs font des listes : de chef-d’œuvres à lire absolument conseillés par des amis ou de curiosités suscitées par une quatrième de couverture écrite avec enthousiasme. Nous faisons, mentalement ou sur de petits carnets tachés du café matinal, l'exercice de mémorisation de livres que nous aimerions posséder et expérimenter. Le temps manque, la vie sociale, professionnelle, en technicolor empêchent et retardent les lectures que nous pressentons pourtant marquantes. Aussi, il suffit d'arrêter de remettre au lendemain et de saisir l'instant. Ainsi fut ouvert début novembre Le baiser de la femme araignée de Manuel Puig réedité dans la formidable collection Points Signatures. Pour passer le temps, deux prisonniers argentins (nous sommes sous le régime Pinochet) se racontent des films. L'un est incarcéré pour ses idées politiques, l'autre pour ses préférences sexuelles. Le roman s'ouvre sur le récit de La Féline : une femme, fascinée par les panthères tombe amoureuse d'un jeune homme, mais leur union est menacée par la peur de la jeune fille de se transformer en félin lors des rapports charnels. C'est Molina, "une folle", qui raconte, et sa manière de mettre en mots et de choisir les scènes racontées nous fait réfléchir sur notre rapport au cinéma : en sortant d'un film, qu'est-ce qui nous a touché ? avec quel personnage nous-sommes nous identifiés ? Le pouvoir d'invocation du cinéma n'est pas plus ou moins fort que celui d'un livre, mais les réserves de sensations sont géographiquement différentes. N'avez-vous jamais, au bout d'une dizaine de pages, cherché à savoir à qui votre inconscient faisait ressembler le héros, quel paysage a-t-il planté d'après les descriptions de l'auteur ? Quel exercice amusant et curieux, de réaliser que les images que nous enregistrons chaque jour et qui ne sont pas dans notre mémoire vive resurgissent alors ! Capture d’écran 2015-11-11 à 20.41.39Molina et Valentin commentent les scènes, et petit à petit font glisser un peu de leur histoire personnelle dans leurs échanges, tissent peu à peu une relation amicale faite de partage, de soutien et d'engueulades. Ces personnages créent chez le lecteur une énorme empathie, on adore lire Molina raconter ses films favoris, bercés comme lors de l'heure du conte, on se surprend à dialoguer intérieurement avec eux. Mais les apparences sont trompeuses, et derrière cette amitié sympathique se cache un régime politique prêt à tout pour ne pas être déstabilisé. Le roman prend alors un virage et de l'envergure, et interroge l'intégrité et l'humanité de nos personnages. Manuel Puig dénonce l'homophobie aussi bien que la cruauté de la dictature, raconte les dilemmes politiques et dresse un portrait ambigu, en biseau, de l'Homme. Publié en 1976, Le Baiser de la femme araignée fut adapté au cinéma en 1985. Nous vous conseillons absolument de mettre ce livre sur votre liste ou de le faire remonter de quelques places dans votre carnet !

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Libraire, lectrice, mais pas liseuse. @MarilynAnquetil

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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Une libraire qui aime les chats (surtout le sien !), vénère Proust, et est capable dans un grand éclectisme de se régaler avec un essai critique pointu, un recueil de poésie ou un bon polar !