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Le "basajaun" sanguinaire

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Une actualité de Véronique M.
Publié le 23/05/2013

Niché au fond de la vallée du Baztàn, du nom de la rivière qui seule "brise le silence" de ce "petit univers idyllique caché entre les montagnes de hauteur moyenne que tapissaient des vallées et des prairies à la beauté incroyable" , voici le village d'Elizondo qui, à l'image de son paysage, est le théâtre d'un roman à la beauté saisissante,  exerçant sur le lecteur un attrait mystérieux et magique. Première partie d'une "trilogie du Baztàn" (nous apprend la 4ème de couverture) et publié dans la jeune collection policière rose et noire "La cosmopolite noire" chez Stock, ne nous leurrons pas : il ne s'agit pas d'une énième série  dont les thrillers ont le secret (voire l'artifice) plutôt systématique, mais d'un véritable coup de coeur littéraire ET policier.

Pour quelles raisons un "gardien invisible" de la forêt appelé en basque un basajaun, habituellement seigneur pacifique et protecteur, créature géante et poilue (sorte de yeti) s'en prendrait-il à quatre jeunes filles retrouvées étranglées au milieu des bois dans la même mise en scène étrange : vêtements lacérés, démaquillées et, posé sur leur toison pubienne rasée, un gâteau typique du pays (un txatxingorri) ? Il n'en faut pas plus à l'inspectrice Amaia Salazar pour tenter de démasquer ce tueur en série aux rites de purifications bien macabres. Formée aux méthodes de profilage à Quantico (le siège du FBI aux Etats-Unis), Amaia semble la plus compétente  parmi ses collègues de la section des homicides de la police régionale pour résoudre cette énigme ancrée dans les traditions basco-navarraises dont elle est originaire. En parallèle, nous faisons connaissance avec sa famille qui tient depuis plusieurs générations à Elizondo une entreprise de confection de ces fameuses pâtisseries relevées sur les scènes de crime : sa tante Engrasi, ses sœurs Rosaura et Flora, son beau-frère Freddy et son mari James. Les cauchemars récurrents d'Amaia dus aux  fantômes de son passé et sa souffrance de ne pouvoir enfanter vont entrer en résonance avec une enquête qu'elle voudrait scientifique et rigoureuse à cause de sa propension à nier l'existence de ces légendes issues du folklore local. "Perdue dans son propre abîme ", elle devra néanmoins prendre en compte le point de vue de sa tante tireuse de cartes, gardienne d'une sagesse populaire et qui veille sur elle depuis son enfance (nous comprenons peu à peu pourquoi elle a élevé Amaia à partir de ses 9 ans), à l'instar des paroles sibyllines de cette belle femme apparue au cœur des bois :

La vallée vit des temps d'incertitude, et quand les nouvelles formules échouent, on a recours aux anciennes  ".

Le gardien invisible comme d'autres premiers romans (Le dernier lapon d'Olivier Truc, par exemple, serait son parfait pendant dans les paysages glacés du cercle arctique) ne donne pas la priorité à la résolution d'une énigme certes tout à fait excitante pour les amateurs du genre, mais envoûte par l'originalité de son cadre, Dolores Redondo chantant également un hymne à sa terre originelle. Le recours puissant aux croyances ancestrales de ses habitants initie le lecteur à la fascinante mythologie locale, teintant son écriture d'onirisme et de magie que ne désavouerait pas une certaine Fred Vargas !

   

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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