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Le chagrin et les colères

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Une actualité de David V.
Publié le 19/03/2016

Lionel Duroy (cliché SIPA)Lionel Duroy  n'a pas attendu longtemps pour surmonter son chagrin ou plutôt le succès de son Chagrin, l'un des livres les plus marquants de l'an passé, couvert de prix et de louanges. Il nous sert, sans laisser retomber le souffle qui l'animait, un livre qui sonne comme l'écho douloureux du précédent, un récit qui semble écrit d'un trait et n'hésite pas devant les répétitions, les remémorations douloureuses, un livre dont on entend bruire l'autre chagrin qui l'a porté. Pour beaucoup d'écrivains la sortie d'un roman, surtout celui qui vous a coûté en larmes, est une libération, un moment où groggy on n'est pas encore retombé dans la vraie vie, celle qui alimentera les livres suivants. Pour Duroy, cette époque bénie n'a pas eu lieu et tandis que s'accumulaient les commentaires les plus louangeurs, les articles les plus élogieux, les ventes les plus fortes, le heurtait de plein fouet une vague sombre de malheur. Colères qui sort aujourd'hui est le récit enfiévré, et parfois décousu par cette violence du réel qui empêche de prendre du recul, des mois passés à affronter sa propre famille, celle qu'on a fondée après avoir atomisée celle dont on était issu et qui n'a pas pardonné de se voir transformée en roman. Philip Roth disait qu'il suffit de mettre un écrivain dans une famille pour la détruire, n'est-ce pas l'amer constat renouvelé que nous raconte, avec des détails terribles et une précision dans la reconstitution, l'auteur de Priez pour nous et de...Méfiez-vous des écrivains...? Lui qui a vécu dans sa chair, parcouru de temblements, torturé par l'insomnie, le travail de l'écriture, il doit subir le reflux : un fils qui règle ou solde violemment ses comptes en arnaquant son père accusé de négligence ; une compagne qui renonce à cette vie d'attente et au spectacle de l'étouffement de l'être aimé que l'on ne parvient pas à apaiser. Quand la terre se dérobe sous vos pieds, il ne reste souvent que la mémoire pour vous rappeler comme le sol a toujours tremblé, comme les mots ne sauvent de rien. Colères est un livre d'emportement, peut-être un de ceux que regrettera son auteur qui avoue qu'il effacerait volontiers de sa bibliographie quelques romans anciens. C'est un livre qui, parce qu'il ne ménage pas, vous tient en haleine, qui parce qu'il ne cède pas à la complaisance vous retient. Alors bien sûr, les descriptions de bicyclettes peuvent surprendre, mais elles dissimulent un homme blessé qui se trompe de braquet, bien sûr les libraires ne sont pas à la fête, ils ont droit au mieux au qualificatif de "vendeurs" et on apprend qu'il ne faut pas ennuyer notre auteur quand il reste à lire au milieu du magasin Gibert. Pratiquer l'autofiction n'est pas de tout repos, qu'on le répète aux tenants de l'imaginaire débridé. Ici tout est vrai, c'est pour cela qu'on peut parler de roman. Car la vérité n'est nulle part.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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