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Le chat et la souris

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Une actualité de Fleur Aldebert
Publié le 19/03/2016

Figure marquante de la littérature hongroise, Istvan Orkény demeure encore tristement méconnu des lecteurs français. Il faut dire que si la francophilie des Hongrois est un fait relativement avéré, l'inverse serait sans doute plus discutable. Et pourtant... Qui ne s'est jamais plongé dans l'un des nombreux romans de Sandor Marai ou de Magda Szabo, qui n'a jamais lu une ligne de Frigyes Karinthy, qui ne s'est jamais intéressé à l'oeuvre de Imre Kertész, est décidément passé à côté de quelque chose. Et que dire d'Istvan Orkény, dont les petits romans font décidément notre régal ? Après avoir réédité Les boîtes et nous avoir fait découvrir Floralies, les éditions Cambourakis poursuivent sur le lancée - et nous leur en sommes gré - en rééditant Le chat et la souris (1).

Essentiellement construit sous la forme d'échanges - tantôt par courrier, tantôt au téléphone - ce petit roman d'à peine cent-trente pages met en scène deux soeurs d'un certain âge au caractère diamétralement opposé. Erzsike, la première vit d'expédients dans la capitale hongroise et s'est taillée une solide réputation d'enquiquineuse auprès de son entourage et même des commerçants du quartier. Handicapée depuis quelques années, Giza jouit quant à elle d'un train de vie plus que confortable grâce à son fils, qui l'a installée chez lui à Munich. Si la première fait penser à un petit démon, la deuxième s'impose au contraire comme la voix de la raison. Ainsi, le jour où Erzsike lui fait part de son enthousiasme à l'endroit d'une femme de leur âge rencontrée tout récemment, ou celui où elle lui confie qu''elle serait peut-être amoureuse de Viktor, un chanteur d'opéra boulimique qu'elle côtoie depuis sa jeunesse, Giza ne peut s'empêcher de faire entendre sa réprobation.

Formidable hymne à la vie et à la jeunesse d'esprit, Le chat et la souris nous rappelle qu'il n'y a pas d'âge pour faire des rencontres, se faire des amis, tomber amoureux, être jaloux, se faire avoir et être déçu. Istvan Orkény réussit l'exploit de parler des turpitudes de la vieillesse sans rentrer dans des considérations déprimantes - on est bien loin des derniers Philip Roth - et le constat est sans appel : contrairement aux idées reçues, vieillesse ne rime pas toujours avec sagesse ! Sans conteste moins grinçant et moins déjanté - plus abordable, en un mot - que Floralies et Les boîtes, ce court roman s'impose comme l'angle d'attaque idéal pour découvrir l'oeuvre d'un auteur absolument génial dont le goût pour l'absurde rappelle incontestablement des écrivains comme Beckett, Ionesco, Carroll ou encore Adamov.

(1) Faute de l'avoir eu entre les mains, on ne pourra que s'interroger sur la nature du lien entre ce texte et la pièce intitulée Chat, adaptée par Vercors en 1974.

F.A.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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Une libraire qui aime les chats (surtout le sien !), vénère Proust, et est capable dans un grand éclectisme de se régaler avec un essai critique pointu, un recueil de poésie ou un bon polar !