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Le livre à lire sans plus tarder

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Une actualité de Emilie
Publié le 26/04/2014

le livreLe titre du dernier roman de René Belletto que viennent de publier les éditions P.O.L. n'a pas fini de provoquer des quiproquos : Le livre s'intitule Le Livre justement, et les sentiments de surprise comme d'étrangeté que ce titre produit d'emblée ne cesse de s'intensifier une fois que nous sommes immergés dans l'histoire...

On suit le parcours d'un homme, parisien, appartenant à un milieu aisé, brisé par la mort toute récente de sa sœur. Son deuil le place dans une période transitoire. Tout juste séparé d'une femme, il a cessé toute activité professionnelle -il était jusqu'alors scénariste- et consacre aujourd'hui ses journées à l'exécution de menues tâches du quotidien, pour tuer le temps, pour se rassurer sans doute aussi : acheter du pain, nettoyer avec précision les touches d'une télécommande,  classer des papiers... Au moment où nous faisons sa connaissance, il est sur le point de se livrer à des analyses médicales complètes pour, dit-il, que la certitude d'être en bonne santé lui permette de se consacrer entièrement à son chagrin. Venu rendre visite au personnel hospitalier qui s'est occupé de sa sœur, il croise un patient bien étrange dont le regard le scrute avec une haine toute particulière. Une rencontre fortuite, mais décisive, et qui influera complètement le cours des jours à venir.

Ce sont les trente-six heures suivantes qui nous sont racontées ici, entre flashback, narrations chronologiques plus que précises, et épisodes hallucinés. A bord de sa Dodge Reborn, le héros sillonne le XVIIe parisien où chaque rue, chaque enseigne, chaque rencontre qu'il y fait sont pour lui propices à interprétation : un souvenir doux, ou bien douloureux, un menu détail qu'il perçoit comme un signe du destin, l'annonce d'une catastrophe prochaine.

Ému de premier abord par la fragilité du personnage, le lecteur, s'il ne s'identifie pas à lui, ne peut que compatir et suivre ses mésaventures avec un vif intérêt, un intérêt qui grandit à mesure que la tension dramatique monte... jusqu'à la folie...  Car l'on n'est jamais au bout de ses surprises. René Belletto, qui décidément a vraiment du talent, parvient à pousser son intrigue vers ses plus improbables retranchements, joue avec la mise en abîme, flirte avec le roman noir, le roman psychologique, la science-fiction même, mais sans jamais nous perdre. Roman à la frontière des genres, il serait difficile de trouver un équivalent littéraire à Le livre. Pour vous donner un ordre d'idée tout de même, disons que son univers se situe entre un film de David Lynch et l'angoissant "Pulsion" de De Palma... Mais n'en disons pas plus...

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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