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Le monde dans ce qu'il a de pire... et de beau

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Une actualité de Véronique M.
Publié le 15/03/2016
dedans ce sont des loupsDepuis quelque temps, nombreux sont les polars français qui se passent en pleine nature, que ce soit la campagne profonde (les Cévennes dans Grossir le ciel et la Corrèze dans Plateau de Franck Bouysse, une de nos dernières belles révélations ; la Nièvre au pied du Morvan dans Rural noir de Benoït Minville) ou les grands espaces inexplorés (la Patagonie dans l'excellent Il reste la poussière, de Sandrine Collette). Cette tendance au "nature writing français" (expression utilisée par Sandrine Collette dans la vidéo présentant son dernier roman) est au cœur d'un autre premier roman réussi. Si dans Dedans ce sont des loups, Stéphane Jolibert a sciemment omis toute référence à un lieu précis ou une date, comme ensevelis par le froid et la neige qui recouvrent les paysages, le lecteur se retrouve plongé avec d'autant plus de force dans ce "no man's land immaculé" qui se situe quelque part dans le Nord, loin de toute civilisation... voire de toute humanité.

Une meute de prédateurs

Seules quatre fermes perdues subsistent par delà une frontière dont on ne saura rien de plus sinon que la bourgade porte le même nom que l'unique bar qui fait à la fois office d'hôtel, de bistrot et de bordel et dont le nom résonne comme le signal de la fin du monde. Là encore, l'identité du grand patron du "Terminus" reste totalement mystérieuse, donnant ses ordres par téléphone au "garde-putes" Nats, censé faire respecter un semblant d'ordre, notamment celui interdisant aux bûcherons et autres malfrats de cogner les filles. Homme à tout faire itinérant, Nats convoie également jusqu'au bar la gnôle distillée par le vieux cul-de-jatte Tom auquel il apporte en retour quelques vivres. Nats est hanté par un vieux secret depuis son enfance : "l'homme de la bicoque" lui a dérobé son bien le plus précieux, laissé la chair du dos mutilée et une féroce envie de se venger. Les centaines de portraits qu'il dessine révèlent son obsession pour ce tortionnaire qu'il croit avoir recroisé au fond de ce coin paumé. Sa rencontre furtive dans le sous-bois avec un loup blanc, fantôme et objet de fantasmes de ces contrées (personne n'en a vu avant lui, tout comme le commanditaire du Terminus), pourra-t-il précipiter sa funeste vengeance contre ce "chien", intrus qui se fait passer pour un loup ? Quel est donc le chef de meute qui l'aidera dans sa quête sanglante ?  

Le rôle des femmes

Nats doit céder malgré lui sa place au Terminus au contremaître Sean qui est décrit comme un homme sadique n'hésitant pas à frapper femme et enfants. C'est naturellement vers Tom et Nats que Martha et ses gosses trouveront refuge après sa fuite loin de ce mari qui pourrait rôder pour récupérer ses "biens". Il en va de même pour la jeune Leïla, nouvelle recrue du Terminus, dont les rêves vont se cogner à la triste réalité : Nats va-t-il suffire contre la folie des hommes ? Quand Nats rencontre Sarah la nièce de Tom venue parfaire sa thèse sur la survie dans ce milieu hostile, "le monde se fait quelquefois arpenter par une beauté infinie ", songe alors le jeune homme qui tombe sous le charme de cette rousse incendiaire à laquelle il va confier peu à peu son traumatisme et son désir de revanche qu'il ne peut plus tarder à assouvir. En contrepoint à ces mâles assoiffés de sang et de débauche, Martha, Leïla et Sarah forment alors une galerie de femmes qui font souffler un vent de paix sur ce chaos. Et si le salut venait de ces femmes, nouvelles louves qui n'hésitent pas à braver les interdits (moraux, familiaux, sentimentaux), apportant une lueur d'espoir et de courage dans cet enfer glacial...
Un loup revenait. Quoi que l'on fasse, quels que soient les agissements des hommes, leur implacable bêtise à vouloir toujours tout s'approprier, tout détruire, la nature tôt ou tard reprend le dessus [...] une meute ressuscitait. Avec elle, si les hommes ne s'en mêlaient pas, reviendrait l'équilibre naturel perdu depuis longtemps.
   

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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